Parmi les principaux sujets au cœur des États généraux de la bioéthique, qui ont pour objet de préparer la révision de la loi de bioéthique de 2004, la question de la gestation pour autrui (GPA) est l'une des plus délicates. Comme nous l'écrivions en février dernier, le débat porte notamment sur la possibilité d'autoriser le recours au mères porteuses.

Parmi les farouches opposants à cette pratique, Sylviane Agacinski, philosophe, professeur agrégée à l'EHESS, et par ailleurs épouse de l'ex-Premier ministre Lionel Jospin. Invitée ce matin de France Inter, à l'occasion de la parution de son essai Corps en miettes (Flammarion), elle met sur un même plan gestation pour autrui, prostitution, esclavage (à voir sur le site de France Inter), prenant pour exemple les cas extrêmes des pays de l'Est et des États-Unis. Face à elle, François Olivennes, gynécologue-obstétricien, l'une des personnalités à avoir signé l'appel à la légalisation de la GPA, qui a passé le débat à rétablir les faits (vidéo ci-dessus). Et on ne peut s'empêcher d'être d'accord avec lui lorsqu'il ramène Sylviane Agacinski à son statut de "théoricienne, loin de la réalité".

La France est à la croisée des chemins, et a le choix entre ne rien faire et encadrer une pratique qui existe. Comme elle l'avait annoncé en début d'année, Homosexualités et socialisme (HES) s'est saisie de la question, et vient donc de publier sa contribution aux États généraux de la bioéthique. La commission Parentalités de l'association a ainsi auditionné des scientifiques – la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval et le chef de service de gynécologie-obstétrique au centre médico-chirurgical et obstétrical (SIHCUS-CMCO) de Strasbourg Israël Nisand –, des associations – Maia et l'APGL – et des politiques –  Michèle André (sénatrice du Puy-de-Dôme, présidente de la délégation aux droits des femmes au Sénat, présidente du groupe de travail sur la maternité pour autrui au Sénat), Pascale Crozon (députée du Rhône, vice-présidente de la mission d’information sur la révision des lois bioéthiques) et Jean-Louis Touraine, député du Rhône, membre de la mission d’information sur la révision des lois bioéthiques).

HES, qui se réfère régulièrement aux exemples grec et britannique (également cités par Sylviane Agacinski et François Olivennes) et insiste sur son attachement à une "conception de la famille basée sur l’engagement parental et non sur une vraisemblance biologique", se prononce pour "une ouverture de la gestation pour autrui en France strictement encadrée". Elle estime en effet que l'"intervention de l’État pourrait (…) empêcher toute marchandisation et instrumentalisation". La contribution d'HES est téléchargeable sur le site de l'association.

Judith Silberfeld

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