Ce qui frappe chez le futur ex-président de Radio France, c’est la  volonté répétée de s’expliquer le plus sincèrement possible auprès des gays et des lesbiennes et de réaffirmer l’un de ses combats les plus chers: la visibilité des homosexuels dans la société française, qui plus est lorsqu’ils occupent de hautes fonctions. Dans l’interview qu’il nous a accordée, Jean-Paul Cluzel revient notamment sur son entretien avec le président de la République, le 17 mars dernier, où la question des droits pour les homos a été évoquée, Nicolas Sarkozy affirmant vouloir tenir ses promesses électorales. L’Élysée, joint par Yagg, n’a pas encore répondu ànotre demande de précisions.

Rappelons que depuis quelques mois, Jean-Paul Cluzel est au centre d’une actualité aux multiples rebondissements: l’affaire du calendrier au profit d’Act Up-Paris, les chroniques de Stéphane Guillon sur France Inter, les critiques de l’Élysée, et bien sûr, la question du renouvellement du mandat du président de Radio France. La chose est désormais entendue, on le sait depuis mercredi dernier, Jean-Paul Cluzel ne sera pas reconduit à son poste, et ironie du sort, c’est lui-même qui l’a annoncé.

C’est votre troisième interview sur Yagg en quelques mois, depuis l’affaire du calendrier au profit d’Act Up-Paris. C’est une histoire rocambolesque qui se déroule sous nos yeux, non?
Non, je crois qu’il n’y a vraiment pas de lien entre ce qui intéresse les internautes de votre site, c’est-à-dire un président publiquement homosexuel, et mon non-renouvellement. L’entretien que j’ai eu avec le président de la République [le 17 mars dernier, NDLR] a été très clair là-dessus. J’ai posé la question du calendrier, lui ne l’a pas soulevée d’ailleurs, c’est moi qui ai soulevé la question, et le président de la République m’a dit que ça n’avait évidemment rien à voir avec ma gestion de Radio France et que d’ailleurs, il tiendrait les engagements qu’il avait pris pendant de la campagne présidentielle. Et il a cité le mariage – ne parlant pas d’ailleurs d’union civile, ce qui est significatif dans son esprit, on voit bien que pour lui, mariage et union civile, c’est la même chose – le mariage en mairie et l’homoparentalité, donc ça me parait très clair à cet égard.

C’est ce que vous avez raconté dans Le Grand journal de Canal+, lorsque vous avez dit que vous aviez parlé avec le président de la République des « droits des homosexuels »?
Oui. Le secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, assistait à l’entretien. Il s’est tourné vers Claude Guéant et il a dit: nous tiendrons nos promesses vis-à-vis de la communauté homosexuelle, il y aura le mariage en mairie – donc il a fait cette petite erreur juridique parce que je pense qu’il ne pense pas au mariage mais à une évolution du pacs – et l’homoparentalité. J’observe que le projet de Nadine Morano prend corps sur le statut du beau-parent [l’examen du texte au parlement a été reporté au mois de septembre, NDLR].

Quand il parle de l’homoparentalité, a-t-il évoqué un processus législatif autour de cette question?
Encore une fois, il ne m’a pas interrogé là-dessus, c’est moi qui ai saisi l’occasion. Il n’a pas fixé de calendrier, nous ne sommes pas rentrés dans les détails, mais ça m’a frappé qu’il le dise très clairement.

Interviewée dans L’Édition spéciale de Canal+ hier, Michèle Cotta disait explicitement que l’affaire du calendrier vous avait porté préjudice, que ça avait été décisif. Qu’en pensez-vous?
Je ne suis absolument pas d’accord. Je pense que d’autres personnes qui pouvaient me vouloir du mal ont pu le penser, mais je ne pense pas au président de la République, du tout. La conversation sur ce sujet a été brève mais il s’est exprimé sans aucune ambiguïté, encore une fois sur sa volonté ferme de tenir ses promesses électorales.

Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui? Ressentez-vous de l’amertume ou au contraire souhaitez-vous tout de suite aller vers d’autres projets?
J’ai tourné la page. Cela fait cinq ans que j’ai l’un des postes les plus intéressants de France. C’est une vie formidable et j’espère que cela va continuer. D’ailleurs, l’histoire du calendrier, d’une certaine manière, je ne dirais pas qu’elle m’a servi, mais je crois qu’elle est utile pour la visibilité des gays et des lesbiennes. Elle est utile pour la lutte contre le sida, puisque 99% des réactions à ce calendrier ont été des réactions de soutien.

Personnellement, vous sentez-vous renforcé dans votre idée que la visibilité de personnalités homosexuelles est une chose importante?
Je n’ai pas fait le calendrier pour ça mais il a eu cet effet. Le fait que mon engagement dans le mouvement communautaire et dans la lutte contre le sida en sorte renforcé me parait absolument certain.

Extrait audio de l’interview:

Propos recueillis par Yannick Barbe

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