En octobre dernier (Yagg n'existait pas encore), je signalais sur mon blog perso les vidéos misogynes et homophobes d'OrelSan. Extraits du single Changement : "Les mecs fashion sont plus pédés que la moyenne des focs. Pédé!", "En boîte la CC circule/les pédés gesticulent", ou encore "Les gars s'habillent comme des meufs/Et les meufs comme des chiennes/Elles kiffent les mecs efféminés comme si elles étaient lesbiennes". Depuis, le jeune rappeur français a fait du chemin: gros buzz médiatique, premier album Perdu d'avance dans les bacs depuis février dernier, et louanges d'une bonne partie de la critique musicale (on tiendrait là l'Eminem hexagonal). Le nihilisme d'OrelSan serait l'exact reflet de l'époque. Super.

Seulement voilà, certaines paroles ont quand même du mal à passer. C'est le cas de celles de Sale pute, un titre qui ne figure pas sur l'album d'OrelSan, mais dont la vidéo tourne sur le net. L'histoire d'un mec trompé par sa copine et qui déverse sa haine sur elle en la menaçant de violences physiques. Extrait: "On verra comment tu fais la belle avec une jambe cassée/On verra comment tu suces quand j'te déboîterai la mâchoire/T'es juste une truie tu mérites ta place à l'abattoir." Et le reste est du même tonneau.

Les réactions d'indignation se sont alors enchaînées, y compris même au sein du gouvernement. La ministre de la Culture, Christine Albanel, s'est déclarée "révoltée" par cette chanson qui est selon elle une "apologie sordide de la brutalité envers les femmes, d’une cruauté inouïe". La secrétaire d’État à la Solidarité, Valérie Létard, a demandé aux sites diffusant le clip de le retirer, mais ces derniers ont juste mis un accès réservé aux adultes pour la vidéo. Le problème est-il vraiment là? Quand vous téléchargez une vidéo, un site comme Dailymotion affiche noir sur blanc: "Pas de violence", "Pas de haine". Sale pute est donc une bluette inoffensive? Quant aux organisateurs du Printemps de Bourges (OrelSan s'y produira le 25 avril prochain), ils ont jugé le titre "inacceptable" mais ne déprogrammeront pas l'artiste, estimant que son album est "excellent" et "composé de bons textes". OrelSan n'interprétera pas le titre qui fait polémique sur la scène du festival.

Le rappeur a fini par réagir et son label a publié un communiqué édifiant expliquant qu'"en aucun cas ce texte n'est une lettre de menaces, une promesse de violence ou une apologie du passage à l'acte."  Nous sommes donc sourds… Et de poursuivre: "Comme toute création artistique, aussi violente soit-elle, cette narration ne peut et ne doit pas être sortie de son contexte. Conscient que cette chanson puisse heurter, OrelSan a décidé il y a quelques mois de ne pas la faire figurer dans son album ni dans ses concerts, ne souhaitant l'imposer à personne." Alors pourquoi ne demande-t-il pas à ce qu'on arrête sa diffusion sur le net? Et de conclure: "Nous sommes désolés que ce texte ait pu choquer certaines personnes."

Silence radio en revanche en ce qui concerne ses paroles homophobes. Dans des propos recueillis par Têtu.com, Stéphane Espinosa, le directeur du label qui a signé OrelSan, se défend de toute homophobie de la part de son poulain: "Certains peuvent trouver que c’est de l'humour de mauvais goût, mais
pour moi il n'est pas homophobe du tout. Et je trouve que quand on
écoute l'album en entier, ça devient tellement clair. Dans sa bio, d'ailleurs, il dit clairement qu'il est fan de Freddie Mercury et de Queen." La bonne affaire.

Yannick Barbe