L’Irlande a réalisé le grand chelem. C’est le résultat du Tournoi des Six Nations 2009 et c’est peut-être un enseignement pour la suite des festivités françaises. Car il s’agit là du deuxième grand chelem de l’Irlande après celui de… 1948. Même s’il y a eu des moments difficiles, des grands chelems ratés d’un cheveu – comme en 2003 –, les supporters n’ont jamais vraiment failli et ils sont beaux à voir, les chœurs irlandais à Lansdowne Road, le temple du XV au trèfle actuellement en reconstruction, ou à Croke Park, magnifique stade d’emprunt.

Deux grands chelems seulement, en 61 ans, pour un pays de tradition, de culture et de niaque rugbystique, c’était peu. Ce sont des étincelles de victoires contre l’hémisphère sud, d’autres en tournoi des Six Nations qui ont fait perdurer la flamme. Ce sont aussi deux victoires du Munster en Coupe d’Europe en 2006 et 2008 qui ont sonné la reconstruction et l’heure.

Voilà, ce dernier match vers le grand chelem, contre le Pays de Galles, fut une partie âpre, presque désespérée, belle pour l’enjeu, trop entâchée de faute pour être magnifique, sublime pour son final: le Pays de Galles menait 15-14 quand Ronan O’Gara a réalisé le drop de la victoire à 90 secondes de la fin. Une pénalité galloise à la dernière seconde s’est évanouie devant les poteaux.

La France? Samedi, elle a battu l’Italie en un score fleuve (50-8) après la plus que déconvenue contre l’Angleterre, le 15 mars. En sport, cela s’appelle sauver l’honneur. Les Français ont eu la victoire modeste, encore endoloris de leur lourde défaite de la semaine précédente. Nous, nous avons envie de leur laisser du temps. Parce que, même avec ses défauts, cette formation a de la gueule, avec des hommes qui ont montré leur devenir, comme Fabien Barcella, solide pilier, Morgan Parra, prometteur demi de mêlée. Et Thierry Dusautoir qui a traversé ce tournoi en majesté, malgré tout. Et puis, le retour de Fred Michalak. Pas de point au pied, mais la magie des passes reste, comme ce coup d’œil. Samedi après-midi,  quelques minutes après sa rentrée, on s’est dit qu’il avait manqué au XV de France. Et Harinordoquy, Szarzewski, Traille, Heymans… On a envie de laisser du temps à cette équipe gourmande et encore brouillonne. Et écrire aux impatients qui mettaient déjà en cause le boulot de Marc Lièvremont, le sélectionneur, de patienter. L’équipe de France travaille. Prochain rendez-vous très vite, aux antipodes: deux tests contre la Nouvelle-Zélande, un contre l’Australie. Il sera temps de voir comment cette équipe laboratoire a digéré le rugby de l’hémisphère nord. Ensuite, il faudra encore du temps. La Coupe du monde? En 2011.

Bénédicte Mathieu

Les articles précédents sur le Tournoi des Six Nations 2009:

Tournoi des six nations: Un week-end rugby riche en émotions

Rugby-France/Pays de Galles: Un match de référence, vivant et bourré d'audace

Rugby-France/Écosse: Reconstruction en Ovalie

Rugby-Irlande/France: Pas de grand chelem ne tue pas le Tournoi