Mercredi 18 mars, les internautes de Yagg ont pu dialoguer en direct avec Éric Fleutelot (ci-dessus à gauche) de Sidaction pendant une heure, à l’occasion du chat VIH mensuel.

Voici l’intégralité des échanges au cours desquels il a notamment été question des propos du pape sur le préservatif, des actions de Sidaction, ou encore de la politique du gouvernement en matière de lutte contre le sida.

Yagg: Bonjour. L’équipe de Yagg est ravie d’accueillir Éric Fleutelot, directeur général adjoint de Sidaction, pour ce nouveau chat VIH. Il répondra à vos questions en direct.

Éric Fleutelot: Bonjour. Je suis ravi d’être avec vous ce soir et j’attends vos questions.

Papushorribilis: Quelle est la réaction de Sidaction face au pape qui déclare que le préservatif est plus un problème qu’une solution?

Éric Fleutelot: C’est une réaction de consternation. Elle ne repose sur aucune évidence scientifique,
au contraire, on sait aujourd’hui que les programmes de promotion du préservatif masculin et féminin
sont efficaces. De plus, les propos du pape sont en décalage avec les actions de nombreux hommes et femmes d’église en Afrique.

Mathias: Bonjour, comment l’association Sidaction arrive-t-elle à travailler en Afrique quand le pape dit que le « préservatif n’aide pas à lutter contre le sida, au contraire », cela pendant sa tournée en Afrique. Le terrain n’est-il pas miné quand vous arrivez pour faire de la prévention?

Éric Fleutelot: Ce n’est pas nous qui menons les actions de prévention en Afrique. Sidaction soutient financièrement et techniquement des structures locales, qui connaissent parfaitement les communautés auxquelles elles s’adressent. Mais il est évident que les propos du pape vont considérablement nuire aux actions de prévention, si les gens l’écoutent. On peut espérer qu’ils ne l’écoutent pas!

Pial: Mais que fait Sidaction dans ses collaborations internationales avec le Burkina Faso?

Éric Fleutelot: Au Burkina Faso, Sidaction travaille avec une dizaine d’associations locales. Nous apportons un appui pour développer l’accès aux soins et aux traitements pour la population générale
mais nous soutenons aussi des programmes pour les enfants infectés par le VIH et depuis l’année dernière également un programme en direction des hommes ayant des rapports homosexuels. Enfin, nous travaillons aussi avec l’Université de Ouagadougou pour former près d’une centaine de professionnels de santé par an.

loindetout:  Salut, que fait Sidaction dans les pays d’Afrique ou même ailleurs pour soutenir la lutte contre le sida chez les homosexuels?

Éric Fleutelot: Sidaction travaille avec des associations de lutte contre le sida et des groupes gays, dans six ou sept pays d’Afrique, mais aussi en Asie. Notre action est difficile mais très intéressante. Il faut apporter un appui mais ne pas gêner non plus et surtout ne pas leur faire prendre de risques inconsidérés. Au Népal, nous soutenons l’association Blue Diamond Society qui travaille avec les gays, les lesbiennes mais surtout avec les transgenres. Elles font un travail immense mais très difficile car elles sont rejetées par la société et stigmatisées par les autorités. En Chine, nous soutenons un centre gay qui accueille des homosexuels qui ont des besoins en prévention, dépistage et accès aux soins. La situation dans ce pays est toujours compliquée même si elle s’est arrangée au cours des dernières années. En Afrique, en revanche, c’est toujours compliqué de travailler tant l’homosexualité reste un tabou culturel, social et… religieux.

Tom: Quels sont les pays où il est le plus difficile d’intervenir?

Éric Fleutelot: Pour les gays, en ce moment, c’est le Sénégal, depuis l’arrestation de neuf collègues et leur emprisonnement. Après, dans chaque pays, il y a des difficultés, mais ce n’est jamais une raison pour ne rien faire. En travaillant étroitement avec des associations locales, il est possible de faire avancer la lutte contre le sida partout, même dans les endroits les plus reculés du monde.

Utilisateur1: Et en France, vous faites quoi pour les associations homos? Combien de programmes financés?

Éric Fleutelot:  Depuis le début de Sidaction, nous soutenons des projets en direction des gays.
Nous avons mis en place, depuis deux ans, un appel à projet spécifique pour renforcer la prévention gay.
En 2009, nous devrions soutenir plus d’une douzaine d’associations spécifiquement gay partout en France. C’est trop peu! Il nous faudrait plus de demandes en fait… Ceci étant dit, de nombreux programmes financés par Sidaction ne sont pas des associations spécifiquement gaies mais elles peuvent avoir des actions en direction des gays. Notamment en matière de prévention…

Jérôme-M: Quelle est la position de Sidaction sur le fait qu’en France comme dans de nombreux pays d’Europe les hommes homosexuels sont exclus du don du sang? N’est-il pas concevable d’exclure des comportements à risque plutôt que d’envisager que tous les hommes homosexuels représentent une population à risque?

Il faut prendre en considération le niveau de prévalence dans la population considérée. Le problème est que l’exclusion n’est pas explicitée. D’après nous, ce n’est pas en soi l’exclusion d’un groupe de donneurs qui est une discrimination. Il y a plusieurs motifs d’exclusion du don du sang… Il y en a même énormément. Ces motifs ont tous des raisons ou des fondements épidémiologiques liés au VIH ou à d’autres pathologies. De ce strict point de vue, l’exclusion des homos masculins du don du sang n’est pas une discrimination si on prend en considération la prévalence dans ce groupe. Ceci étant dit, il y a une urgente nécessité de revoir les explications d’exclusion du don du sang pour qu’elles n’apparaissent pas, tant du côté du donneur que du côté du personnel de l’Etablissement français du sang, comme une discrimination. Évidemment, les homosexuels ne sont pas une population à risque, mais leur séroprévalence conduit à cette précaution. La nuance est que les hétérosexuels qui s’exposent à un risque de transmission ne subissent pas une exclusion comparable. Ainsi, on pourrait penser qu’un homo de 58 ans qui n’a pas eu de rapport sexuel depuis une dizaine d’années pourrait être admis au don de sang…

Dominique: Quelles sont les actions de Sidaction dans le milieu scolaire pour les jeunes et les enseignants?

Éric Fleutelot: Ce ne sont pas des actions directes de Sidaction. Sidaction a développé des outils pédagogiques pour les lycées. Ils sont utilisés par les enseignants ou les associations qui interviennent en milieu scolaire. Depuis quatre ans, ce programme a un énorme succès, il s’appelle « Pour la vie ».

Bruno: Beaucoup de manifestations sont prévues un peu partout en France ce week-end. De quelle manifestation organisée en région pourriez-vous nous parler?

Éric Fleutelot: Il faut absolument être à la randonnée Rollers de Paris, vendredi soir à 22 heures… Bon d’accord, c’est Paris, mais c’est la région parisienne 🙂 A Albi, samedi, il faut être devant la Cathédrale pour voir des représentations de boxe française. Et en plus, il devrait y avoir distribution de préservatifs devant la cathédrale. Ne le dites pas à Benoît XVI! Sur le site internet de Sidaction, vous pouvez retrouver les centaines d’animations régionales prévues.

Utilisateur1: Sait-on exactement quelle est la part des lesbiennes parmi les personnes atteintes par le VIH? Et quel rôle peuvent-elles jouer, même si elles sont moins touchées que les gays, dans la lutte contre le sida?

Éric Fleutelot:  D’un point de vue épidémiologique, nous n’avons que très peu de données sur les lesbiennes. Ceci étant dit, elles subissent dans certains pays l’épidémie de sida comme les autres femmes. C’est le cas par exemple en Afrique du Sud, où hélas, trop souvent, certaines sont violées et donc contaminées. Mais les lesbiennes, il faut le rappeler, sont très actives dans la lutte contre le sida et sont devenues des expertes dans de nombreux domaines, démontrant que notre communauté est ouverte et plurielle. Vive les lesbiennes!

Utilisateur3: Peut-on connaître les chiffres de collecte par région du précédent Sidaction?

Éric Fleutelot: Oui on peut. Mais je ne les ai pas avec moi! Ceci étant dit, on remarque depuis la création du Sidaction qu’il y a un lien entre l’importance de l’épidémie et la solidarité des Français au moment du Sidaction. Ainsi, ce sont les régions Ile-de-France, puis PACA, puis Rhône-Alpes, qui donnent le plus.

boy75: Que pensez-vous de la politique du gouvernement en matière de lutte contre le VIH?

Éric Fleutelot: Elle n’est pas à la hauteur de l’épidémie en France… Je ne comprends pas que les moyens nécessaires à de grandes campagnes de sensibilisation ne soient pas mobilisés. Ces gens-là, désolé, se foutent un peu de la gueule du monde l
orsqu’ils déclarent être concernés. Nous avons besoin de preuves, pas de bonnes paroles… De même sur le plan de la solidarité internationale, la France doit faire plus, encore plus. Même si elle est vertueuse en étant le deuxième contributeur au Fonds mondial, elle peut faire plus, la preuve, 5% du plan de relance permettrait de combler le manque de financement de la lutte contre le sida pour les années 2009 et 2010!

Utilisateur1: Quels sont les principaux enjeux pour la prévention gay?

Éric Fleutelot:  L’efficacité. Pour que la prévention gay soit efficace, elle doit être constante et non pas épisodique. Elle doit s’articuler entre des messages envoyés sur des médias grand public et des actions de communication de proximité. Il faut rendre disponible partout le préservatif et le lubrifiant, son fidèle compagnon de plaisir. Enfin, il faut poursuivre le travail contre l’homophobie et pour l’acceptation des homos partout, notamment à l’école et dans le milieu du travail. Je reste persuadé que nous ferons des progrès en matière de prévention lorsque les gays auront plus d’estime pour eux-mêmes. Les récents propos de Mme Boutin ou de M. Vanneste sur le statut du beau-parent, hélas, démontrent que nous avons encore du chemin à faire. Et je ne dirai rien de l’Église, oups, des Églises et autres religions qui continuent à stigmatiser les homos. A l’aide!

Greg: Bonjour Monsieur Fleutelot. Sidaction finance-t-elle tous les types de recherches? Ou choisissez-vous de financer certains programmes au détriment d’autres comme le vaccin par exemple?

Éric Fleutelot: Bonsoir Greg. Oui, nous finançons toutes les recherches, du moment où elles peuvent contribuer à mieux comprendre le fonctionnement du virus, à mieux prendre en charge les malades du sida. Ainsi, Sidaction finance de la recherche fondamentale, clinique, et en sciences sociales, un domaine où nous avons considérablement développé nos appuis ces dernières années.

Utilisateur3: Vous venez de parler du préservatif, qu’il faut rendre disponible partout. Mais que pensez-vous des pharmaciens qui ne jouent pas le jeu du professionnel de santé? En milieu rural, allez trouver le préservatif à 0,20 euros? Dans les pharmacies…

Éric Fleutelot:  Je sais, c’est vraiment regrettable. A Sidaction, nous allons même plus loin, puisque nous nous battons pour un préservatif de qualité avec une pochette de lubrifiant gratuits. Nous en distribuons plusieurs centaines de milliers par an, mais ce n’est pas suffisant, loin de là. De plus, il faut aussi plus de préservatifs féminins gratuits partout. Bref, ya encore du boulot, mais peut-être cela relève-t-il plus de la responsabilité du gouvernement, non?

Albert: A votre avis, les artistes français sont-il suffisamment mobilisés contre le sida?

Éric Fleutelot: Cher Albert. Ce n’est jamais assez. Mais reconnaissons tout de même que nous sommes « gâtés » à Sidaction, car de nombreux artistes sont à nos côtés. Vendredi soir, sur TF1, et samedi soir, sur France 2, vous verrez qu’elles et ils sont nombreux pour soutenir le Sidaction.

Dominique: Ne faudrait-il pas aussi développer des actions de prévention avant le lycée, en collège et même en primaire comme dans certains pays?

Éric Fleutelot:  Les études montrent que l’éducation à la sexualité et l’éducation à la santé doivent démarrer assez tôt. Je suis donc plutôt d’accord avec vous. Reste le frein immense de l’Éducation Nationale et des associations de parents d’élèves qui voient toujours d’un mauvais œil nos demandes pour plus d’éducation, sur la sexualité et sur le sida. Pourtant, des enquêtes ont montré que faire de l’éducation à la sexualité fait reculer l’âge du premier rapport sexuel!

Dominique: Que pensez-vous de « l’action » de Roselyne Bachelot contre le sida à l’hôpital (les moyens?). L’accueil des séropos dans les hôpitaux?

Éric Fleutelot: L’accueil des séropos à l’hôpital se détériore en fait. J’ai peur que « l’action » de Mme Bachelot ne fasse qu’aggraver cette situation. Le paiement à l’acte, par exemple, est une aberration car passer du temps à expliquer le traitement pour un médecin, ce ne sera plus rentable, donc ce ne sera plus fait. C’est malin, non?

bibi: Qui choisit celles et ceux qui sont financés? N’y a-t-il pas des risques de conflit d’intérêt?

Éric Fleutelot: Les laboratoires de recherche et les associations financées passent par des comités qui examinent leurs demandes de financement. Les risques de conflit d’intérêt sont anticipés par l’équipe de Sidaction en veillant à ce que les instructeurs de projet n’aient pas de relations privilégiées (ou au contraire de haine tenace) pour les demandeurs. C’est un équilibre assez facile à trouver en fait. Car le principe est que nos appels d’offres sont collaboratifs. Nous voulons et tenons à ce que ceux qui ont besoin des fonds issus de la générosité des Français, soient représentés dans les comités, sinon, hélas, on aurait des experts d’un côté et des acteurs de l’autre… Durant les dernières années, franchement, nous avons évité cet écueil.

Yagg: Une dernière question pour la route…

bouboule: Est-ce que vous pensez souffrir de la crise en terme de récoltes de fonds, cette année? Combien espérez-vous que le Sidaction rapportera?

Éric Fleutelot: C’est le thème même de notre campagne cette année. La crise, nous la connaissons depuis plus de 25 ans. C’est le sida. Nous ne pensons pas que nos donateurs cesseront de donner, car ils savent bien que leurs dons ne sont pas du luxe. Ce n’est pas accessoire de soutenir le Sidaction. C’est un engagement. Et cela, crise économique ou pas, c’est une réalité. Nous avons besoin de tous pour avancer. La lutte contre le sida a besoin de Sidaction pour avancer. Merci d’avance pour votre soutien… et je vous rappelle qu’il faut appeler le 110 pour faire vos promesses de don ou mieux encore, faites votre don directement sur Internet: http://www.sidaction.org.

Yagg: Le mot de la fin à Éric Fleutelot?

Éric Fleutelot: Merci à vous tous surtout pour avoir été présents ce soir avec moi. C’est un honneur pour moi que de contribuer à l’aventure Yagg. C’était de plus très agréable à faire, je reviendrai! Na! Et sinon, pour la route, n’oubliez pas de contribuer au Sidaction 2009 ce week-end. D’avance merci. Faites le 110 sur votre téléphone ou bien faites votre don sur Internet: http://www.sidaction.org

Yagg:  C’est la fin de ce chat. Rendez-vous en avril pour notre prochain chat VIH!

Ce chat reçoit le soutien financier des laboratoires
MSD-Chibret. Conformément à la législation en vigueur, ce laboratoire
n’intervient pas sur les choix éditoriaux et sur le contenu des chats.

© Yagg, 2009