La terreur transsexuelle
envoyé par GouineMum

En Turquie, la violence contre les trans ne faiblit pas. Cette semaine, Ebru, une femme trans de 28 ans, a été retrouvée morte, assassinée par son amant. Hélène Hazera a voulu en savoir plus, notamment auprès d'Eylem, une amie trans d'Istanbul.

J'ai rencontré pour la première fois Eylem le 7 juin 2008, lors d'un rassemblement organisé à Beaubourg par les Panthères roses en soutien à Lambdaistambul, l'association transpédégouine locale, menacée par les autorités alors qu'elle est un des principaux instruments de prévention sur place, dans les milieux LGBT. À Istanbul, dans une ville qui a toujours eu ses trans, la vie y est dure. Elles seraient près de 5000 (il y a des hommes trans, mais ils sont invisibilisés) d'après ce que me dit Eylem. Elles déboulent de toute la Turquie pour s'installer dans la plus grande ville du pays. Eylem m'a expliqué qu'elle devait être la seule à avoir un emploi, elle travaille pour une ONG qui aide les travailleuses du sexe. Toutes les autres sont au tapin.

Photo_ebru_trans_assassinée_turquie J'ai reçu le 11 mars un message de Lambdaistambul: "Ebru [photo], 28 ans, a été assassinée". Ce n'est pas la première victime de la violence antitrans, alimentée par des médias en mal de scandale, qui font des trans des boucs émissaires. Sitôt la nouvelle connue, j'ai demandé à Eylem des précisions.

Elle m'a envoyé ce message: "Ma chérie, j'ai collecté un peu de détails sur sa vie. Ebru avait 28 ans. Elle était aimée par son entourage et elle était de bonne humeur avec tous ses amis. Elle était connue pour ses comportements bienveillants, amicaux. Elle aimait la vie. Elle avait un côté activiste aussi. Elle faisait partie de celles qui se battaient pour faire venir des gens aux manifs. Elle était très jeune et belle aussi. Elle a été assassinée par son ancien compagnon, il l'avait menacée avant. Bien qu'elle ait évoqué plusieurs fois ces menaces à la justice, le procureur et la police n'ont rien fait pour la protéger.

Ma chérie, on n'a pas beaucoup de choses à dire quand le sujet est la mort. On nous manipule par notre côté le plus faible, notre cœur, ma chérie. Heureusement, nous avons des témoignages de la solidarité internationale, et même au niveau national. Les artistes, les chanteuses, quelques partis politiques sont avec nous. C'est joli de sentir votre soutien de là-bas, si loin".

Sur la violence contre les trans d'Istanbul, il existe un très beau documentaire, qui montre que les intellectuels locaux ont finit par comprendre que "les yeux ne peuvent pas en tous temps se fermer". La force de ce film, c'est de faire la liaison entre le discours sensationnaliste des médias et la répression, notamment policière. Devant l'urgence de la situation, les auteurs du documentaire ont permis sa diffusion sur internet (voir ci-dessus).

Ne serait-il pas temps que les autorités turques, premier pays laic d'obédience musulmane, grand peuple à la formidable culture, comprennent qu'on juge un État à la façon dont il traite ses minorités? Et qu'aujourd'hui, si la Turquie veut intégrer l'Europe, elle doit aussi prendre en considération l'Europe LGBT, l'Europe des trans?