Cela arrive parfois dans les médias. Une information publique depuis un certain temps dans un milieu donné éclate soudain en une des médias généralistes lundi soir et tout au long de ce mardi. C’est le cas de l’avant-projet de loi sur l’autorité parentale et le droit des tiers dont les contours sont connus depuis une quinzaine de jours (lire ici, ici, et ici). Un avant-projet de loi évoqué par Nicolas Sarkozy le 13 février et dont les associations ont reçu la deuxième mouture en milieu de semaine dernière. Promis par le candidat Sarkozy avant l’élection présidentielle et co-signé par Nadine Morano, secrétaire d’État à la famille (photo ci-dessus) et la Garde des Sceaux Rachida Dati, le texte inclut donc les familles homoparentales.

La nouvelle, c’est le vif débat entre Nadine Morano et Christine Boutin.

La ministre du Logement, dont on se rappelle qu’elle avait fermement milité contre le pacs, a affirmé qu’elle n'accepterait pas « que l'on reconnaisse l'homoparentalité et l'adoption par les couples homosexuels de façon détournée ». « On dit dans l’exposé des motifs que ce statut de beau-parent pourra être donné dans un couple homosexuel ce qui revient donc à l’adoption comme pour un couple hétérosexuel, a-t-elle estimé sur RTL. Or ça ce n’est pas un scoop, je n’ai jamais été favorable… et il y a de nombreux Français qui partagent ce point de vue qu’un enfant a besoin pour se constituer psychologiquement d’un papa et d’une maman. Qu’est-ce-que c’est que le statut de beau-parent sinon que de donner à celui qui s’est rajouté dans la famille recomposée hétérosexuelle, les droits identiques au père ou à la mère biologique ».

Réponse de Nadine Morano, invitée du journal de RTL-Midi (écouter l'interview ici): « Je pense qu’elle ferait mieux de lire le texte parce qu’il ne s’agit pas d’un statut du beau-parent mais bien de permettre, s’agissant de l’intérêt de l’enfant, d’avoir des droits dans le cadre de l’autorité parentale partagée dans le cadre d’une convention homologuée chez le juge « . La secrétaire d’État invite la ministre « au lieu d’avoir une posture passéiste, une posture idéologique, de lire ce texte ». Position répétée au journal de 20 heures de France 2 ce mardi soir (voir ici).

La cohésion du gouvernement est-elle écornée? « Non, a répondu Nadine Morano sur RTL. Madame Boutin est chargée du Logement, elle n’intervient pas dans le cadre de son statut de ministre mais dans le cadre de son mouvement politique, le Forum des républicains sociaux (…). Je ne fais pas de débat avec madame Boutin ».

"Nous sommes dans l’opposition entre les modernes et les anciens, estime Franck Tanguy. Le co-président de l’association des parents gays et lesbiens (APGL) s’estime surpris par ces échanges: "Je trouve que la polémique enfle de manière très rapide alors que nous n’en sommes qu’au début. Parce que ce texte est issu du gouvernement, il faut d’abord qu’il passe par le Conseil d’État, puis au Conseil des ministres avant de passer devant le Parlement. On se demande si l’on n’est pas dans un mouvement de panique ». Mardi soir, les agendas de Christine Boutin et de Nadine Morano, disponibles sur le portail du gouvernement, les annonçaient à la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, demain mercredi à 15 heures.

Bénédicte Mathieu

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