Et si c’était cela, un laboratoire en sport? Un endroit où l’on cherche de l’inédit, un petit quelque chose d’un peu insolent pour enrayer une belle mécanique. Voilà, les feux follets dont on vous parle depuis le début du Tournoi des VI Nations 2009 (lire nos précédents articles ici et ici) ont réussi le gros coup. Les Français ont battu hier vendredi le Pays de Galles (21-16), tenant du titre, machine bien huilée à la défense si agressive et aux contres incisifs, invaincue depuis le début de la compétition.

Le match a été plein, vivant et bourré d’audace. Comme si les leçons de la défaite en Irlande, de la pâle victoire contre l’Écosse, avaient servi. Comme si cette équipe pleine de générations et de jus avait envie de montrer quelque chose au Stade de France, pour essuyer les critiques d’un revers de main et s’affirmer. En sport, cela s’appelle un match de référence.
Pour l’occasion, Sébastien Chabal faisait partie des quinze premiers et Sylvain Marconnet était de retour en équipe de France pour muscler les avants. Le reste? De la réussite quand les deux premiers matches étaient des brouillons. Une lutte, une vraie. Sur les trois essais, un seul au large – le Gallois – quand les essais français l’ont été au terme de belles empoignades, grognements, opiniâtreté, fixation de la défense, emboutissement, passes derrière le pack, mêlée ouverte, fixation encore, percée, la ligne, le ballon amorti dans l’herbe.

Ce n’est pas pour dire – mais on le dit quand même –, Yagg aime beaucoup cette équipe depuis deux matches, et lui a beaucoup pardonné parce que c’est beau à voir, un laboratoire, et que ça fait de belles choses. Et que vendredi soir, cela a semblé évident qu’Imanol Harinordoquy pourrait bien être l’homme du match, symbole de cette équipe, intrépide, toujours en recherche, impressionnante en défense, compacte et en même temps toute en nuance, comme ces coups de patte que donnait Imanol à la réception du ballon, pour relancer le jeu dans le mouvement d’une équipe qui a décidé de faire vivre la balle, à la main ou au pied.

Nous vous l’écrivions, nous nous languissons déjà du Tournoi des VI Nations 2010. Mais ce samedi, il ne faut pas manquer Irlande-Angleterre. L’Irlande est la dernière équipe du tournoi à pouvoir réaliser le Grand Chelem, et en plus à Croke Park, haut-lieu du sport celte. Cela risque d’être épique. Et pour la France? Avant le VI Nations 2010, le déplacement de cette équipe de feux follets en recherche, le 15 mars, en Angleterre, à Twickenham. Il restera l’Italie pour se tester encore. Et l’on pourra rêver d’un Grand Chelem dès 2010. Yagg y croit.

Bénédicte Mathieu