Ce 18 février est une date importante pour Yagg. Nous lançons aujourd'hui une nouvelle rubrique qui nous tient particulièrement à cœur, et ce depuis que nous cogitons sur le concept du site: Les Tables rondes de Yagg. Pour l'inaugurer, nous avons réuni trois gays et trois lesbiennes et nous avons filmé leurs discussions autour de la question suivante: gays et lesbiennes, qu'avons-nous à nous dire? Amitié, sexe, visibilité, solidarité… Quatre épisodes de huit minutes, c'est sans doute insuffisant pour faire le tour de tout ce qui nous unit et ce qui nous différencie, mais loin de nous l'idée d'être exhaustif: la parole, le dialogue, avant tout.

Depuis ses débuts, il y a maintenant un peu plus de trois mois, Yagg est un média participatif. Les commentaires des internautes y sont les bienvenus. La rubrique Opinions & Débats a déjà publié plusieurs textes de gays et de lesbiennes, qu'elles et ils soient militants, bloggueurs ou artistes. Chaque mois, des médecins, des experts mais aussi des gays impliqués dans la lutte contre le sida viennent dialoguer en direct avec les internautes à l'occasion du chat consacré au VIH. L'information participative, ce n'est pas par effet de mode. Nous pensons que la communauté LGBT arrive à un moment particulier de son histoire (et même si le mot "communauté" fait fuir certain-e-s, qu'ils ou elles restent pour en discuter, nous leur préparons plein de nouvelles fonctionnalités à cet effet…). D'une part, les questions qui la concernent (égalité des droits, mariage, adoption, homoparentalité, etc.) ont largement essaimé le débat public et d'autre part la notion de "communauté" fait en grande partie le succès du média internet. Autrement dit tout le monde parle de nous, mais nous, où parlons-nous entre nous de nous-mêmes? Internet est-il pour nous un facteur de lien social? C'est comme si nous étions un peu passés à côté de notre époque…

Voilà notre état d'esprit, et voilà donc pourquoi, sur Yagg, la mixité hommes-femmes, gays, lesbiennes, bi et trans, est pour nous une évidence. Il ne s'agit pas de gommer nos différences, ni de créer une sorte de consensus mou autour d'un plus petit dénominateur commun, mais de jeter des ponts, en consolider quelques-uns, en bâtir d'autres. Mais en aucun cas d'ériger des murs. C'est un chantier politique, esthétique, culturel, et il nous passionne, parce que c'est aussi un défi.

Et la preuve, s'il en fallait une, que des ponts restent à bâtir, c'est que notre table ronde sur les gays et les lesbiennes s'est très vite centrée sur les lesbiennes, et plus beaucoup sur les gays. Peut-être parce que les lesbiennes savent tout – ou croient tout savoir – des gays, alors qu'elles demeurent elles-mêmes pour une vaste majorité d'homosexuels une terre inconnue.

Pour cette raison, et d'autres, on aurait pu croire qu'en raison de la majorité d'hommes parmi les fondateurs de Yagg (trois gays, une lesbienne), la mixité nous demanderait des efforts, mais il n'en est rien. Depuis le lancement du site – et tout au long des discussions qui l'ont précédé –, elle est naturelle. Si nous nous sommes posé des questions, c'est sur l'intérêt des sujets, pas pour savoir si Bénédicte pouvait écrire sur le rugby ou si Xavier était légitime sur The L Word.

À l'issue de cette première table ronde, nos participants, Audrey, Tania, Carla, Arlindo, Matthieu et Arnaud, que nous remercions chaleureusement, ont continué la discussion off caméra, ravis de cette expérience enrichissante, et ont lancé plein d'idées pour des débats futurs. To be continued…

Judith Silberfeld et Yannick Barbe