C’est bien d’avoir un jardin, mais il faut avoir l’énergie, la patience, la force de le cultiver pour en récolter les plus belles fleurs. Depuis 10 ans, Amélie Mauresmo se crée un univers au stade Pierre de Coubertin à force d’émotions, de performances, de défaites mais surtout de ces victoires.

Hier, dimanche 15 février, la Française a remporté son troisième titre à Paris en battant la Russe Elena Dementieva (7-6, 2-6, 6-4). Dix ans, six finales, trois victoires (2001, 2006, 2009). Du beau boulot. Yagg y était (voir vidéo ci-dessus) et raconte.

Avec ce nouveau succès à l'Open GDF Suez (25e titre sur le circuit, quand même), Amélie Mauresmo se rappelle surtout au bon souvenir de ses adversaires. Aujourd’hui 24e joueuse mondiale, elle a battu en trois jours trois joueuses du top 10 (Agnieszka Radwanska, Jelena Jankovic et Elena Dementieva).

Car Amélie aura tout vécu entre 2006 et ce dimanche. Elle était alors arrivée après avoir passé quelques semaines au sommet du tennis féminin et en tenante du titre des Internationaux d’Australie, avant de devenir championne de Wimbledon. Après? Des hauts, des bas. Une victoire à Anvers auréolée d’une raquette en or et diamants, qui récompense celles qui s’y sont imposées trois fois en cinq ans. Un mois après, en mars, une opération de l’appendicite, une absence de quelques semaines, une finale à Eastbourne, des blessures, des forfaits, des performances en demi-teinte, pas un pied en quart de finale en grand chelem, un moral sans doute un brin en berne, aussi: 2008 est la première année depuis dix ans qu’elle passe loin des 20 premières mondiales. Et les questions qui ont commencé à courir. À 28, 29 ans, où allait Amélie, pensait-elle à la retraite?

À bientôt 30 ans, la championne n’en a pas terminé avec ses émotions. À la fin de l’année, elle a changé d’entraîneur et ne s’est pas laissée démonter par une campagne australienne pas bien palpitante. Mais Amélie est de cette graine de gens qui ne se laissent pas abattre. En sport, cela s’appelle une championne.

Dans ce Paris hivernal, Amélie Mauresmo se sent très aimée, le public le lui dit chaque année depuis sa première apparition à Coubertin (ah, ce quart de finale de revanche face à Martina Hingis en 1999…).

"Chaque année, ils sont acquis à ma cause, dit Amélie. Ils viennent pour le tournoi mais c’est aussi comme s’ils fêtaient tout ce qu’il s’est passé tout au long de ma carrière." Ici, dans l’ambiance enfiévrée de cette salle presque cosy, elle cherche l’énergie, la boit et la demande quand elle en veut plus. Dimanche, la foule a tangué, frémi et puis chaviré quand elle a sauvé une balle de set dans la première manche avant d’arracher le tie-break au long d’un match âpre, extrême, les jeux le plus souvent chèrement disputés.

Ce fut beau, beaucoup de coups gagnants, encore des échanges tendus, des cris d’admiration dans les tribunes, des poignants cris d’effort sur le court.

Elena a plié, Amélie a pleuré. Elle s’est adressé au public d’abord (voir également notre vidéo). Puis à ceux "qui ont été là, qui n’ont jamais douté, jamais jugé". Sûr qu’ils sont encore nombreux à la regarder encore semer de telles émotions. Une belle après-midi, décidément dans le jardin d’Amélie.

Bénédicte Mathieu