Festival Nouveau cinéma au Centquatre à Paris par yaggvideoSébastien Lifshitz (Wild Side) termine le montage de son nouveau film, un road movie entre le nord de la France et l’Espagne. Avec quatre jeunes acteurs (Léa Seydoux, Yannick Régnier, Théo Frilet, Pierre Perrier), auxquels se joignent Micheline Presle et Nicole Garcia. En résidence au Centquatre, le nouveau lieu de création artistique à Paris, il a choisi d’offrir une visibilité aux étudiants issus d’écoles de cinéma et cela donne un festival intitulé Nouveau cinéma qui s’annonce passionnant, avec 21 courts métrages projetés (ci-dessus, des extraits de trois d’entre eux). Sébastien Lifshitz a accepté de nous parler de sa démarche et de ses choix.

Comment vous est venue l’idée du festival Nouveau cinéma?
Je n’avais pas forcément envie, pendant ma résidence au Centquatre, de faire un film ou d’écrire un scénario. Depuis plusieurs années, j’interviens dans de nombreuses écoles de cinéma et je constate que beaucoup d’étudiants, une fois sortis de l’école après quatre ans d’études, ont du mal à faire un premier film et même à faire connaître leur travail d’école. Si on peut avoir un geste solidaire et aider ces jeunes cinéastes à se faire connaître, le lieu du Centquatre s’y prêtait aussi. Ça m’intéressait de voir ce qui se faisait dans d’autres écoles de cinéma à travers l’Europe, quelles esthétiques se dégageaient, voir de nouvelles écritures, de nouvelles façons de penser les personnages. J’étais curieux de ça.

Qu’avez-vous retenu de ces mois d’exploration et de recherche?
Je ne pouvais pas visiter toutes les écoles, je me suis limité à une vingtaine, et j’ai visionné à peu près 500 courts métrages, pour en sélectionner 21. Pour moi, il y avait une évidence. J’ai privilégié des écritures singulières, des personnages inattendus, des choses très personnelles. Des cinéastes ont tout de suite trouvé leur esthétique, leur univers. Il y a une disparité énorme entre les écoles, une disparité de moyens financiers particulièrement. Cela a des conséquences sur ce que les élèves peuvent faire. Et parfois, les contraintes mènent à de nouvelles écritures. Des travaux très personnels apparaissent, même si la technique est maladroite. Il y a un sentiment d’urgence né de l’absence de moyens.

Dans les films sélectionnés, comment est abordée l’homosexualité?
Je revendique totalement la partie subjective de cette sélection qui est forcément dirigée par mes obsessions: la question de l’intime, la question des identités, cette frontière floue entre fiction et documentaire. Pour parler plus précisément de l’homosexualité, elle est totalement présente, notamment dans les films de Claire Burger. Quand j’ai arrêté mon choix, elle n’avait pas encore été sélectionnée à Cannes, pour Forbach. Dans le cinéma de Claire, l’homosexualité est présente mais sous des formes différentes. Impénétrables montre un trio d’homosexuels, c’est assez drôle, un peu trash, avec des sujets qui intéressent Claire, des personnages « hauts en couleurs », une sensibilité incroyable. Il y a le film suisse allemand assez étonnant de Lisa Blatter et Simon Steuri, Traurige Jungs Tanzen wenn niemand hinsieht. Dans Les Terres amoureuses, de Julien Hilmoine, même si on est sur des questions de foi, de croyance, il y a quelque chose sur le trouble entre deux femmes et jusqu’où ce trouble peut nous pousser pour aller dans le corps de l’autre, dans sa pensée. Jusqu’à absorber sa vie, ses choix, jusqu’à ne faire plus qu’un. C’est très beau. La Ultima polaroid, de Mar Coll, présente deux adolescentes, amies intimes dont l’amitié est menacée. Il y a une certaine pudeur dans les écoles et l’irruption de
l’intime est plus souvent l’exception que la règle. Ainsi, beaucoup
d’élèves n’arrivent pas à se détacher de leurs références
cinématographiques. Sur cette question du sujet personnel, c’est très
rare de trouver dans les écoles des étudiants qui sortent de ce cadre.

Propos recueillis par Christophe Martet

Festival Nouveau cinéma, du 12 au 15 février, au Centquatre, 104, rue d’Aubervilliers/5, rue Curial, 75019 Paris. Renseignements sur www.104.fr