Trente ans après sa création, la République islamique d'Iran est un des pays où la situation des droits humains est la plus terrible: droits fondamentaux bafoués, exécutions capitales en grand nombre, vagues d'arrestations d'opposants. L'homosexualité reste interdite et est même passible de la peine de mort.

Appliquant la loi de façon la plus stricte, la République islamique d'Iran condamne toute forme de relation sexuelle en dehors du mariage hétérosexuel. Pour les gays et les lesbiennes, les articles 108 à 140 du code pénal iranien abordent en détail l'homosexualité et les peines encourues. La sodomie est un crime pour lequel les deux partenaires sont punis de la peine de mort. Le sexe entre femmes est lui aussi un crime puni de 100 coups de fouet, mais si la même personne est condamnée plusieurs fois, la peine peut aller jusqu'à la mort.

À plusieurs reprises ces dernières années, l'International Gay and Lesbian Human Rights Commission (IGLHCR) s'est faite l'écho des persécutions dont sont victimes les minorités sexuelles en Iran.

En 2005, deux adolescents sont pendus pour leur orientation sexuelle supposée dans la ville de Gorgan, au nord du pays. Depuis, les appels à la clémence semblent avoir été vains, et l'Iran reste un des pays où les exécutions capitales sont fréquentes.

Pourtant, ce berceau de la civilisation a connu des périodes où l'amour homosexuel était célébré par les plus grands poètes. Et le thème de l'homosexualité traverse souvent la littérature persane. Mais le sujet est tabou. En 2002, la Justice iranienne avait ordonné le retrait de tous les exemplaires du livre Chahed-Bazi ("Jeu de témoin"), parce qu'il traite d'homosexualité. Chahed-Bazi évoque l'origine de l'homosexualité masculine dans la littérature iranienne et notamment parmi les grands noms de la poésie persane. Les milieux conservateurs et religieux avaient vivement réagi à sa publication, autorisée cependant par le ministère de la Culture et de l'Orientation islamique, et demandé à la justice de retirer tous ses exemplaires.

En 2007, à la tribune de la prestigieuse Université de Columbia, à New York, à une question portant sur les droits des homosexuels, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a nié l'existence d'homosexuels en Iran en déclarant: "Nous n'avons pas d'homosexuels en Iran comme dans vos pays. En Iran, nous n'avons pas ce phénomène et je ne sais qui vous a dit que nous l'avions" (voir la vidéo ci-dessus).

Pas d'homosexuels en Iran? En tout cas, la République islamique met toute la vigueur de la loi à les faire disparaître. Mais les blogs et Internet montrent au contraire une communauté qui résiste. Régulièrement, en Europe et ailleurs, les associations LGBT se mobilisent mais les politiques restent très frileux sur cette question. Et l'appel lancé par l'Europe à la tribune de l'Onu (lire notre article) en décembre dernier n'a été signé "que" par 66 pays sur les 192 représentés aux Nations Unies. Face à eux, 60 pays ont pour leur part signé un contre-texte proposé par l’Organisation de la Conférence Islamique. Ils ne souhaitent pas voir l’homosexualité dépénalisée, et font une fois encore l’amalgame homosexualité/pédophilie. L’homosexualité est encore punie dans 77 pays.

Dans sept d’entre eux, les homosexuels risquent toujours la peine de mort: l’Arabie Saoudite, les Émirats Arabes Unis, l’Iran, la Mauritanie, le Nigeria, le Soudan et le Yémen.

Christophe Martet

Les informations sur l'Iran et les droits des gays sur le site de l'IGLHCR (en anglais).