Il y a rarement de mise en bouche dans le Tournoi des VI Nations, mais commencer par l’Irlande c’est du lourd, du très très lourd. La France s’est inclinée 30-21 à Croke Park, hier samedi, à Dublin, trois essais contre deux, notamment.

Une défaite, donc pas de grand chelem. Ça gâche un peu la fête, mais ça ne tue absolument pas le Tournoi. Parce que les VI Nations, c’est un événement, une fête, un plaisir et que, franchement, cette équipe de France, malgré la défaite, fait presque plaisir à voir.

Verre d’eau à moitié plein, verre d’eau à moitié vide, je choisis le premier et le déguste avec plaisir. Le Quinze de France joue, dégringole sur les ailes, ne se débarrasse pas forcément des ballons au pied, il flanque des caramels, s’ébouriffe. La mêlée est en nette progrès – ah cette rumeur sourde et brutale du choc entre les avants.

Samedi, Sébastien Chabal a fait le coup de la percée et c’était beau; Imanol Harinordoquy a plongé sa vaste carcasse: l’herbe s’est couchée; Lionel Beauxis, d’un beau coup de botte, a envoyé le petit nouveau, Maxime Médard, à l’essai. Les Français ont fait trop de fautes, en sport aussi on dit "indisciplinés".

Cette équipe n’a pas l’air de calculer, elle joue, elle en est candide, elle oublie les traits de génie de Brian O’Driscoll et de ses collègues qui profitent des erreurs de jeunesse. En sport, on appelle ça le réalisme.

Pas sûr que ça tienne de l’art mais d’un vrai talent, sans nul doute, et c’est aussi assez joli à voir, parce que les Irlandais savent aussi être des feux follets.

L’Irlande a gagné, cela donne envie de voir ce qu’elle fera le 27 février devant l’Angleterre qui a fait une entrée tranquille contre l’Italie (36-11). La France a perdu, cela donne envie de l’écouter, de la comprendre. Et plus que jamais, cela donne envie d’aimer encore plus ce sport qui ne peut être que forcément sympathique. Pensez: une discipline qui consiste à faire avancer le ballon… en le faisant reculer. Une fête, une vraie.

La fête? Dès la semaine prochaine, avec France-Écosse. Samedi, au Stade de France et partout ailleurs dans Paris, la Tartan Army va déferler sur la capitale. Vous n’aurez aucun mal à les reconnaître, la plupart sont en kilt, les plus raisonnables boivent de l’Irn Bru (le coca local), ils chantent beaucoup aussi. Ce dimanche, on va voir de quoi les Écossais, une nouvelle génération annoncée, se chauffent face au Pays de Galles, tenant du titre.

Bénédicte Mathieu