La Ligue communiste révolutionnaire (LCR) n'est plus. Le 5 février, ses militants ont voté son autodissolution pour donner naissance au Nouveau parti anticapitaliste (NPA). À sa tête, Olivier Besancenot, 34 ans, qui compte redynamiser "la gauche de la gauche" et apparaitre comme le seul véritable opposant à Nicolas Sarkozy. À l'occasion de ce congrès, qui doit s'achever dimanche 8 février, rapide retour sur quarante ans d'existence de la LCR et de ses rapports avec les luttes des homosexuels.

Mai 68 a tout déclenché. Les luttes se sont radicalisées et les individus, les communautés, ont fait leur entrée sur la scène politique. Féminisme, gay power, écologie, immigrés, les mouvements contestataires se retrouvent tous sur le combat pour l'émancipation et pour une autre société, dans une utopie révolutionnaire. C'était l'époque où, dans les réunions du Fhar (Front homosexuel d'action révolutionnaire), on pouvait affirmer sans rire: "Non, mais tu comprends, quand tu te fais enculer, c'est révolutionnaire; tu dis merde à la société".

"Individualisme petit bourgeois"
Les rapports entre une certaine extrême gauche et les homos n'ont pas toujours été au beau fixe. En 1971, Guy Hocquenghem, militant maoïste, rejoint le Fhar. Quelque temps plus tard, les maoïstes de Vive La Révolution estiment que l'homosexualité n'est qu'une des formes de "l'individualisme petit bourgeois". Du côté de Lutte ouvrière, qui comme la LCR appartient à la tendance trotskyste de l'extrême gauche, les homos passent mal. Encore plus l'agit prop des Gazolines, qui, dans les années 70, font irruption dans les manifs ouvrières aux cris de: "Nationalisation des usines à paillettes".

Mais la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), qui s'appelait à sa création en avril 1969 la Ligue communiste, est différente, selon Philippe Raynaud, professeur de philosophie politique à l'université de Paris-II et auteur de L'Extrême Gauche plurielle (Autrement, 2006). Dans un point de vue publié par Le Monde du 4 février et intitulé Les Métamorphoses de la révolution, il écrit à propos du courant représenté par la LCR: "Il a toujours été sensible aux nouvelles aspirations que fait naître la démocratie, que les autres courants révolutionnaires considéraient comme "petites-bourgeoises": il a soutenu avec enthousiasme les nouveaux mouvements de jeunesse des années 1960, il a défendu les féministes et a joué un certain rôle dans les mouvements favorables à la liberté de la contraception et de l'avortement et il a assez tôt accepté de défendre les revendications des homosexuels."

C'est ce qu'affirmait de son côté Olivier Besancenot dans une interview à Têtu, en octobre 2008: "Des militants de la LCR étaient investis dans le féminisme, dans le combat gay et lesbien, avec des hauts et des bas dans notre courant". Je me souviens à titre personnel de la participation de la LCR à la grande manifestation homosexuelle du 4 avril 1981 qui vit défiler plus de 10 000 homos hommes et femmes dans les rues de Paris. Les militants de la Ligue étaient en fin de cortège et quelques semaines auparavant, un communiqué du Bureau politique de la LCR demandait l'abrogation des lois discriminatoires, la fin des persécutions, et (déjà) l'extension des lois de 1972 et 1975 contre les discriminations pour raison de race ou de sexe, aux questions d'orientation sexuelle.

La LCR est de toutes les gay prides
Dans les années 90, existe au sein de la LCR la Commission nationale des homosexualités (CNH). "Il ne faut pas oublier que la LCR a été partie prenante de la construction du mouvement homosexuel en France dès les années 70, expliquait l'un de ses militants, Jérémie, dans une interview au 3 Keller, le journal du Centre gay et lesbien, en 1998. Les Groupes de Libération Homosexuelle et le Comité d'Urgence Anti Répression Homosexuelle avaient des militant-e-s de la Ligue fort actifs." Depuis les années 80, la LCR est de toutes les gay prides. En septembre 2001, alors qu'Olivier Besancenot se présente pour la première fois à l'élection présidentielle, il annonce son programme. Parmi ses projets, assurer l'égalité des droits pour les hommes et les femmes ainsi que pour les hétérosexuels et les homosexuels". 

Besancenot a "une bonne bouille", comme aurait dit ma grand-mère, et son style décontracté, pas macho, doit certainement en faire vibrer plus d'un dans la communauté gay. Olivier Besancenot adhère à la JCR en 1988 puis à la LCR en 1991 et en devient le porte-parole. Il participe à l'élection présidentielle de 2002 puis à celle de 2007, avec à chaque fois un bon score: 4,25% en 2002 et 4,08% en 2007. Olivier Besancenot ne manque ni de souffle, ni de talent oratoire. La preuve avec ce discours de plus de 40 minutes, en octobre dernier à Pessac, prononcé presque sans notes. Il n'y parle pas des questions homos, mais la performance est impressionnante. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que le programme de la LCR (et maintenant du NPA) sur les questions LGBTI (I pour intersexe) sont fournies (lire ici). Mais sur ces questions, la gauche dans son ensemble a beaucoup évolué et il reste à voir quelles sont les différences entre les différents partis.

Si vous avez assisté au congrès du NPA ce week-end, votre commentaire est le bienvenu.

Christophe Martet