Lorsqu’à l’automne 2000, Act Up-Paris avait organisé sa première Assemblée générale sur la prévention chez les gays (l’AG des pédés), une salle surchauffée s’était affrontée sur fond de querelles associatives et de positions diamétralement opposées, entre un Guillaume Dustan très médiatisé dans le rôle du séropositif « transgressif »  et des militants d’Act Up répétant qu’il n’y avait pas d’alternative à la capote.

Hier soir, le ton était beaucoup plus consensuel pour discuter d’un sujet qu’Act Up-Paris qualifiait de « hautement polémique »: « Pénalisation de la transmission sexuelle du VIH: Qu’en pensez? Comment réagir? »

Peu ou prou, la plupart des associations qui se sont succédées à la tribune sont contre la pénalisation, même si quelques divergences demeurent sur la manière de combattre la tendance actuelle à la multiplication des procès. Mais le sujet passionne, puisque plus de 150 participants étaient présents dans l’amphi de l’école des Beaux-Arts, à Paris.

La position de Aides était très attendue et c’est son vice-président, Gino Paveglio, qui a réaffirmé l’opposition de la principale association de lutte contre le sida à la pénalisation, tout en soulignant que c’était aussi le rôle des associations d’écouter celles et ceux qui voudraient s’engager dans la voie judiciaire.

Dans le rôle du contradicteur, Rémy Pellet, professeur de droit, a critiqué Act Up-Paris qui refuse d’admettre que lorsqu’il y a tromperie délibérée ou manipulation manifeste, les juges sont en droit de poursuivre. « Je ne voudrais pas que par un raisonnement biaisé, vous arriviez au contraire de ce que vous défendez », a-t-il ajouté, craignant que la position d’Act Up-Paris soit inaudible par une opinion publique favorable à la condamnation des séropositifs.

De son côté, l’avocate Caroline Mécary (à gauche sur la photo) a décrit une justice qui est le reflet des attitudes et de la délibération de la société. « Les juges sont aussi des citoyens », a-t-elle expliqué. Selon elle, le droit pénal ne doit pas s’étendre à l’infini.

Jérôme Farina-Cussac, de Sida Info Service, évoque, lui, la notion de responsabilité, au sens éthique, et pas seulement pénal, du terme: « Ce n’est pas parce que nous serions opposés à la responsabilité pénale [des séropositifs] qu’on s’oppose à la responsabilité ». Il a souligné que sur la ligne Sida Info Droits, le discours des appelants avait changé entre 2006 et 2009, « à cause de la médiatisation des affaires » » et a rappelé que « le droit pénal n’a quasiment aucun effet sur les mœurs sexuelles ».

Plus personnel, le témoignage d’Aimée, de l’association de femmes migrantes Marie-Madeleine. « J’ai toujours dit que j’étais séropositive à mes partenaires. Mais je n’ai pas la responsabilité de protéger tous les séronégatifs. Je ne peux pas. »

De nombreux témoignages ont aussi porté sur le travail à mener au sein de la communauté gay, qui est divisée sur cette question. Act Up-Paris a parfois été critiquée pour son attitude de dénonciation des comportements à risque et du bareback, certains allant même jusqu’à affirmer que la pénalisation était la réponse du berger à la bergère.

Marjolaine Degrémont, la présidente d’Act Up-Paris, jointe par téléphone ce matin, s’est dite satisfaite de cette réunion. La prochaine étape? Organiser un lobbying sur la justice, afin que les juges et les professionnels du droit soient mieux formés et informés des réalités de l’épidémie.

Un compte-rendu complet sera disponible sur le site www.actupparis.org dans une dizaine de jours.