Leisha Haileu, alias Alice. The L Word.

On rit beaucoup dans ce troisième épisode de la saison 6 de The L Word. Il est d'ailleurs intitulé LMFAO, l'acronyme de Laughing my fat (ou fucking) ass off. Soit l'équivalent de nos ptdr ou xpdr. Une bonne distraction de l'intrigue principale tournant, aussi ennuyeuse qu'à côté de la plaque, autour du futur meurtre de Jenny.

Le meilleur de l'épisode: la lente décomposition du visage d'Alice lorsqu'elle comprend que Shane vient de coucher avec Jenny.

Le pire: Jodi. Mais pourquoi est-elle si méchante?

Bureau du producteur de Lez Girls. Après Niki, c'est au tour de Tina de prononcer une phrase de menace contre Jenny. Et ça tombe tout aussi à plat. En cause: les négatifs du film ont été dérobés. Aaron, le producteur macho, pense très à fort à Jenny et, par défaut, passe sa colère sur Tina, qu'il charge au passage de régler ce problème.Et dire qu'il va falloir se coltiner ce genre de scène dans chaque épisode, pour que chaque personnage puisse avoir un début de raison de tuer Jenny…

Chez Jenny et Shane. Ces deux dernières sont au lit. "Faisons-nous une erreur?", demande Jenny. "Non", répond Shane. Jenny: "Es-tu sûre?". Shane: "Tu en sais autant que moi". On est bien partis! Dieu merci, Alice vient interrompre cette discussion un peu pénible en sonnant à la porte. Branle-bas de combat. Personne n'est encore au courant. Alice insiste. Elle vient montrer son scénario à Jenny. Shane lui ouvre finalement la porte. Il lui faut à peu près un quart de seconde pour se faire griller par Alice, à cause de son regard "I had sex all night" (fallait être myope Shane, un regard de myope le matin ne peut rien révéler). Puis Jenny fait son entrée, toute mielleuse avec Shane. Dans ce qui restera l'un des moments d'anthologie de la série, le visage d'Alice passe alors tout doucement de la surprise au dégoût. Les spectateurs et spectatrices de la série ont déjà vu ce visage si jamais ils avaient un miroir à disposition lorsqu'ils et elles ont également appris la nouvelle.
Alice se réfugie aux toilettes. "Ne pense pas", susurre-t-elle à haute voix, avant d'envoyer un texto aux autres.

Le groupe apprend la nouvelle. On assiste alors à la réception du message par chacune des filles. Helena était à la gym en train de courir, elle tombe de son appareil. Tina laisse échapper un retentissant "What the fuck?" lors d'une réunion. Tasha, à son école de police, secoue la tête en souriant et murmure un affectueux "Alice…". Bette, dans un conseil d'administration, éclate de rire. Kit, elle, rejoue une vieille scène d'Ab Fab, en demandant à son assistante pourquoi son téléphone vibre. Cette succession d'images nous rappelle une fois de plus que The L Word n'est jamais meilleur que dans les scènes de groupe. Pour la première fois de la saison, on retrouve tout ce qui a fait l'intérêt de la série. Ce n'est pas trop tôt.

Retour chez Jenny et Shane. Shane s'apprête à partir pour le boulot. Helena appelle Alice pour en savoir plus. Cette dernière se colle donc derrière la porte pour écouter la conversation entre les "Shenny". Elles s'embrassent, ce qui inspire une mine de dégoût profond chez Alice. Helena la traite d'enfant et lui dit que ce sont deux adultes, et qu'elles peuvent être ensemble si elles le désirent. Puis Alice lui rapporte les propos de Shane, selon qui Jenny embrasse bien. Il n'en faut pas plus à Helena pour être dégoûtée à son tour.
Shane part finalement. Jenny se retrouve seule avec Alice. Avant de travailler, elle lui demande de garder ce qui vient de se passer pour elle. Alice acquiesce. Et nous buvons du petit lait.

Bureau de Bette (?), Université de Californie. Jodi et Tom attendent Bette. Qui fait son entrée, pour changer, en pleine conversation téléphonique. Conversation qu'elle conclue par un très élégant "I love you" (à Tina), tout en regardant Jodi. Le coup est bas et la réplique ne se fait pas attendre. "À vrai dire, ta gestuelle n'a jamais été géniale, mieux vaut que tu te contentes de parler", fait dire Jodi à une Bette qui s'indigne de la présence de Tom (alors qu'elle peut parfaitement signer). Résumé de la scène: Bette demande la démission de Jodi. Cette dernière refuse. Bette menace alors de la virer. "Ne te gêne pas", lui répond l'artiste.

Retour chez Jenny et Shane. Jenny donne des leçons d'écriture à l'apprentie-scénariste – la remarque de Tina lors de l'épisode précédent lui aura monté à la tête – et lui suggère de plutôt utiliser sa voix si particulière pour doubler des personnages de dessin animé. Pas très sympa, mais c'est Jenny, donc… Alice est sauvée par le gong, ou du moins par une Tina en furie, qui vient demander des explications à Jenny à propos des négatifs du film. Dans un bref échange à la porte, Alice demande à Tina de faire comme si elle n'était au courant de rien et ajoute qu'elle les a vues s'embrasser avec la langue. Mine de dégoût de Tina.
Confrontation Tina-Jenny, entrecoupée par le bruit de la machine à café. Non, Jenny n'a pas volé les négatifs. Elle a besoin que ce film sorte si elle veut retrouver la moindre chance de bosser à nouveau. Tina lève les yeux au ciel.

Le Planet. Alice et Shane prennent un verre. Alice peut enfin demander des comptes à son amie, qui en retour lui tient à peu près ce langage "On se comprend. C'est vrai. Et je dois croire qu'elle ne va pas devenir bizarre." Ce qui nous rappelle soudain le poster "I want to believe" accroché dans le bureau de Fox Mulder, dans une série du XXe siècle. D'ailleurs pour Shane, ce n'est pas parce qu'elles ont couché ensemble une fois qu'elle vont devenir un couple. Elle est immédiatement démentie par un texto de Jenny, qui lui demande de rapporter de la bière en rentrant. Alice, déjà consternée, reçoit le coup de grâce lorsque Shane lui dit que ça ne la gênerait pas de coucher à nouveau avec Jenny et que le sexe est "better-than-I-expected-good" ("bien, du genre mieux que ce à quoi je m'attendais"). C'est censé être un compliment?

Bureau de Phyllis. Phyllis a réuni Jodi (et Tom) et Bette, afin de trancher le différend qui les oppose. Et c'est Jodi qui emporte le morceau, à cause des risques de poursuite pour harcèlement sexuel auquel Bette s'exposerait. Jodi savoure. Il fut un temps où ce personnage était intéressant. Les temps changent.

Sur le plateau de "The Look". Pour celles et ceux qui ne la connaissent pas The Look est une imitation de la véritable émission The View, animée par Barbara Walters, avec entre autres Whoopi Goldberg. Un groupe de femmes commente l'actualité. Dans The View, Alice est plus ou moins chargée d'une chronique légère, avec des sujets comme "Lindsay Lohan est-elle lesbienne?" (ok, mauvais exemple). Mais cette fois-ci, Alice n'est pas d'humeur à plaisanter. Elle a d'ailleurs revêtu une tenue affreuse pour l'occasion. Elle lit à l'antenne la lettre d'une jeune fille qui évoque la mort de son frère, tué par un homme à qui il venait de déclarer son amour. Elle enchaîne sur l'outing, qu'elle dit avoir justifié par le passé, mais que parfois l'homophobie est bien réelle, mortelle même, et que les choses ne sont pas si simples (on résume). Le sujet plombe l'ambiance du show. Et vu la tête de la Catherine Barma locale, Alice semble bien partie pour aller grossir prochainement les chiffres du chômage (même si on sait déjà qu'en prison, ça ne compte pas). L'ambiance de l'épisode en prend aussi un bon coup. Jusqu'ici, on naviguait plutôt bien dans la légèreté et cette gravité soudaine laisse un peu interdit.

Studios de production. Tina arrive dans les bureaux du studio où elle travaille et son passage est accompagné de murmures: son chef (le producteur macho du début) veu
t la recevoir et il est toujours aussi en colère – cette fois-ci à cause d'un faux fax prétendument signé par Tina qui demanderait le transfert des négatifs du film. On peine à s'intéresser.

Un bar. Phyllis et Bette prennent un verre. Phyllis "Heads will roll" Kroll annonce à Bette qu'elle va devoir démissionner. Et une chômeuse de plus… Bette tente de protester, mais ça ne sert à rien. Phyllis quant à elle se sent libre d'annoncer enfin à Bette qu'elle l'a toujours trouvée "sauvagement, délicieusement attirante". Bette réprime difficilement un rire. "Et Joyce?", demande-t-elle. Elle l'abandonnera si Bette lui donne le moindre espoir. Une variation sur le thème du "Si tu reviens, j'annule tout?" Phyllis se penche pour l'embrasser, mais Bette préfère s'en aller et Phyllis en tombe littéralement de son tabouret. Cette saison est vraiment celle des déclarations improbables.

Le Planet. Helena reçoit des fleurs de Dylan, avec ce mot "Tu es belle quand tu es en colère". Elle prend une fleur du bouquet et s'en sert pour aller draguer une cliente.

Centre gay et lesbien de Los Angeles. La jeune fille qui avait écrit la lettre lue à l'antenne par Alice est passée par le toit de l'immeuble du centre et elle menace de se suicider. Alice, son idole, est appelée à la rescousse. Réticente dans un premier temps, elle finit par rejoindre la jeune fille, sans doute convaincue par les doutes insistants de Tasha sur sa capacité à résoudre ce genre de problème. Ce qu'elle parvient à faire finalement.

Le Hit Club. Kit converse avec Sunset, le DJ Drag-Queen qu'elle a engagé. Les hommes? "Ils me mettent la tête à l'envers." Les femmes? "Pas mieux," répond-elle en substance. Un peu plus loin, Bette, Tina, Tasha et Alice boivent un verre en l'honneur d'Alice et de son exploit aujourd'hui. Puis, Kit aperçoit Shane et Jenny. Contrairement aux autres, chez elle, c'est plutôt la surprise qui l'emporte sur le dégoût. Shane et Jenny se joignent au groupe. Et Bette commence à partir dans un fou rire, qu'elle tente de réprimer (sans y parvenir totalement encore une fois). Depuis quand Bette n'avait pas autant ri dans un épisode?

Shane et Jenny s'éloignent. "Ça ne te gêne pas de mentir à tes amies?", demande Jenny. "Je m'en fiche. C'est entre toi et moi", répond Shane. Et elles s'embrassent devant tout le monde. Cette fois-ci, Bette ne retient plus son rire. Ce qui nous permet un instant d'oublier l'affreux – à tous points de vue –  dénouement de cette série. Espérons donc que ça dure…

Xavier Héraud