Après le refus d'accorder l'agrément en vue d'une adoption opposé par le Conseil général du Jura à Emmanuelle B. pour des motifs "fallacieux", pour reprendre le terme employé ce matin par son avocate, Caroline Mécary, sur France Info (l'interview peut être écoutée ici), les réactions se multiplient.

Un communiqué de l'Association des parents gays et lesbiens (APGL) qualifie cette décision d'"idéologique", émanant "d’un homme qui méprise les institutions européennes". "Gageons que la France sera encore condamnée au niveau européen et que cette nouvelle humiliation sera due à l’acharnement d’un homophobe qui préfère commettre une injustice plutôt que de revenir sur ses préjugés", écrit l'association, qui demande "que des critères objectifs, dans ce cas ceux appliqués par les psychologues et travailleurs sociaux, soient appliqués dans les procédures d’adoption et que les couples de même sexe soient soumis aux même critères que les autres afin que l’intérêt de l’enfant puisse être véritablement pris en compte".

De son côté, l'interassociative lesbienne, gaie, bi et trans (Inter-LGBT) "apporte son total soutien à Emmanuelle B." "Seules des convictions idéologiques hostiles aux homosexuels peuvent expliquer un tel acharnement, qui perdure au-delà du renouvellement des hommes à la présidence du département, poursuit le collectif. Emmanuelle B. aurait pu choisir de dissimuler son orientation sexuelle et son agrément aurait été sans doute accepté. C'est le "choix" auquel de nombreux homosexuels et de nombreuses homosexuelles célibataires doivent se résigner pour échapper à la discrimination dont ils et elles font l'objet en matière d'adoption. Préférant jouer franc-jeu, désireuse de montrer aux services compétents chargés de l'enquête sociale qu'elle et sa compagne étaient prêtes à s'engager pour assurer ensemble le bonheur d'un enfant, elle a refusé l'hypocrisie que la rigidité conservatrice de certains aurait souhaité lui imposer. L'Inter-LGBT soutient sans réserve la décision d'Emmanuelle B. de saisir le tribunal administratif pour obtenir l'annulation de cette décision discriminatoire, comme celle de saisir la Halde et les autorités européennes compétentes. Il serait lamentable que la décision arbitraire du Conseil général du Jura conduise à une nouvelle condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l'Homme."

Par ailleurs, vous êtes nombreux à avoir exprimé votre indignation dans les commentaires sur Yagg. Certains, comme Romain, proposent même des pistes d'action. Nous vous en remercions.

[mise à jour, 4/02/09 à 11h05] Dans un communiqué, Homosexualités et Socialisme dénonce "l'immobilisme au service des discriminations". Après avoir rappelé la condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH), HES souligne que" depuis un an, le gouvernement est resté immobile malgré la condamnation prononcée par la CEDH. Le 2 février 2009, le Conseil général du Jura a à nouveau refusé d'accorder l'agrément pour adoption à celle qui était à l'origine de la décision de la CEDH".
L'association poursuit: "HES dénonce cette décision arbitraire et attend du gouvernement qu'il prenne toutes les mesures nécessaires pour que les droits reconnus par la CEDH soient protégés en France."

Judith Silberfeld

Lire aussi notre analyse et l'interview d'Emmanuelle B. et Laurence R., sa compagne.