Alors que s'est achevé hier, dimanche 1er février, le 36e Festival international de la bande dessinée, à Angoulême, Yagg a eu envie de vous présenter le blog LGBT BD, et ses chroniques bien écrites, souvent drôles, et toujours pertinentes, rédigées par deux passionnés. Son comparse Jean-Paul Jennequin étant occupé à Angoulême, François Peneaud a accepté de répondre seul à nos questions.

Qui êtes-vous? Que faites-vous quand vous ne bloguez pas?
Je m'appelle François Peneaud, et je lis trop de BD. Jean-Paul Jennequin m'a enrôlé à l'insu de mon plein gré pour lancer l'association LGBT BD et son blog (vive WordPress et son tout-en-un). Jean-Paul Jennequin est entre autres traducteur professionnel et très actif dans le milieu de la BD, y compris comme auteur complet (allez donc voir son Folles Nuits de Jonathan, c'est très bien).
Quand je ne blogue pas en français, je blogue en anglais, je lis des BD pour les chroniquer, je fais de temps en temps de la traduction (plusieurs films en DVD chez Les Films de l'Ange), et je gagne ma vie comme enseignant (et j'aime ça). Oh, et j'écris un peu, avec une BD érotico-fantastique chez H&O [Frère des Dragons, ndlr]. Et je lis des BD.

Pourquoi ce blog?
Pour une raison évidente: depuis le temps que Jean-Paul et moi avons des discussions sur le sujet, on s'est dit, profitons-en. Plus sérieusement, la représentation des homos/bi/trans dans la BD est assez limitée, mais pas inexistante. Nous aimerions contribuer à la faire connaître et à l'encourager.

Vous êtes deux hommes, pourquoi avoir décidé de couvrir toute la BD LGBT et pas juste la BD gay?
Pourquoi se limiter? Nous lisons tous les deux beaucoup de BD, en français et en anglais, sur des thématiques et dans des styles très variés. Nous ne demandons pas mieux que d'être rejoints par des lesbiennes, des bi, des trans, mais en attendant, nous essaierons de parler de toute la BD LGBT le plus sérieusement possible.

Vous écrivez notamment sur les BD lesbiennes. Le faites-vous  parce qu'elles vous intéressent ou parce que vous n'avez personne d'autre pour le faire?
Il serait bien dommage de ne pas parler d'auteures aussi talentueuses qu'Alison Bechdel ou les cousines Tamaki. Nous apprécions leur travail parce qu'elles créent de très bonnes BD, tout simplement. Après, comme je le disais, que des lesbiennes nous contactent, LGBT BD n'a pas vocation à être un club de garçons!

Avez-vous des genres préférés?
Non. Je lis aussi bien de la BD réaliste que du fantastique. De même pour Jean-Paul. Mais je dois dire que je lis beaucoup plus de BD anglo-saxonne que franco-belge. Nous sommes déjà en contact avec des lecteurs assidus de la production francophone, ce qui je l'espère nous permettra de ne pas passer à côté d'albums et d'auteurs importants.

Avez-vous l'impression que certains sujets sont encore tabous chez les éditeurs?
Je pense sincèrement que la BD française est très frileuse. La représentation de l'affection entre deux hommes est encore rare, malheureusement. Quant à celle entre deux femmes, il y a toujours le problème du public visé: masculin hétéro, ou… plus large.

Comment voyez-vous "l'affaire Tintin"? Avez-vous, comme nous, le sentiment que lorsqu'on essaie de faire des lectures un peu gay de certaines BD, on s'expose à une levée de boucliers des fans?
D'un côté, je pense que l'interprétation homo du personnage de Tintin est absurde, quand on s'en tient aux textes d'origine, les albums eux-mêmes. D'un autre côté, comment s'empêcher de penser à cette interprétation (et de s'en amuser)? Enfin, les réactions de certains amateurs de Tintin sont évidemment homophobes. Le contraire m'aurait étonné. Il n'y pas plus conservateurs que des gens trop attachés à leurs lectures d'enfance.

Vous arrive-t-il de chroniquer des BD bareback?
Jean-Paul Jennequin étant occupé à Angoulême, cette réponse n'engage que moi: 1/ Contrairement aux films, la BD ne met pas en scène des personnes réelles, et personne n'est mis en danger durant la création d'une BD; 2/ Les éditeurs de BD porno, comme H&O en France ou Class Comics au Canada, insistent généralement sur le fait que ce qui est dessiné et la vie réelle, ce n'est pas pareil (ce qui me paraît évident). Il me semble donc que chroniquer une BD bareback ne pose pas de problème en soi, ce n'est pas comme si on faisait la promotion de ces pratiques.

Des conseils de lecture pour les internautes de Yagg?
Parmi les publications relativement récentes, le Skim de Jillian Tamaki et Mariko Tamaki est un album de grande qualité. Il présente quelques moments de la vie d'une ado qui tombe amoureuse de sa prof de dessin, sans pathos, et avec une grande finesse.
Le dernier album en date de Hugues Barthe, Bienvenue dans Le Marais, est une bonne continuation des thèmes de ses albums précédents, et raconte la vie d'un jeune homo qui a quitté sa province pour les lumières du Marais.
Enfin, Esthétique & filatures, de Lisa Mandel et Tanxxx, déménage à plein régime. Une jeune lesbienne, qui s'enfuit de chez elle, se retrouve à bosser dans le milieu du porno gay et se fait passer pour une détective.

Propos recueillis par Judith Silberfeld (par mail)