Gilles Bon-Maury, président d'HES (Homosexualités et Socialisme), avait tenu pour Yagg son carnet de bord du mouvementé congrès de Reims, il y a deux semaines. Aujourd'hui, il nous livre sa réaction à l'élection de Martine Aubry au poste de première secrétaire du PS.

"Au travail!", par Gilles Bon-Maury
En tant que militants d'HES (Homosexualités et Socialisme), nous
avions toutes les raisons d'être confiants. En effet, les trois
candidats au poste de Premier secrétaire (Martine Aubry, Benoît
Hamon, Ségolène Royal) ont signé la contribution thématique déposée
par HES dans le cadre du congrès du PS. Autrement dit, les trois
candidats se sont engagés pour l'ouverture du mariage, pour la
reconnaissance de l'homoparentalité, pour la reconnaissance des
transparentalités, pour une réponse plus forte face au VIH, pour
une prise en compte des personnes LGBT vieillissantes, pour la
protection des couples binationaux, etc. Et donc Martine Aubry l'a
signée, à l'instar de beaucoup de socialistes parmi celles et ceux
qui l'ont soutenue dans l'élection du 21 novembre: Bertrand
Delanoë, Benoit Hamon, Adeline Hazan, Jack Lang, Marylise Lebranchu…

La motion "Changer à gauche pour changer la France", présentée par
Martine Aubry au vote des adhérents socialistes le 6 novembre,
créditée de 25% des voix socialistes, mentionnait en particulier:

"Le Parti socialiste a toujours été à la pointe du combat pour les
libertés individuelles: l'abolition de la peine de mort, la
décentralisation, la libéralisation de l'audiovisuel, la parité
et le pacs sont autant de conquêtes que nous devons défendre
fièrement. Il doit continuer à l'être. Reprendre l'étendard des
libertés est d'autant plus essentiel que Nicolas Sarkozy n'a de
cesse d'y porter atteinte comme encore récemment avec les tests ADN
pour les immigrés ou le fichage généralisé EDVIGE. […]"

Nous condamnons toute forme d'homophobie. Les handicapés doivent
pouvoir accéder à tous les bâtiments publics, mais aussi aux
contenus. Le parti socialiste doit être à la pointe de ces combats,
et porteur de réponses à la hauteur de l'enjeu. Les moyens de la
Halde devront être renforcés. Des moyens importants devront être
alloués à la police, à l'inspection du travail et à la Justice pour
déceler et réprimer les discriminations. Des efforts de formation
spécifiques seront menés dans ces administrations. (…)

La famille constitue la base de l'éducation et le lieu premier de
la constitution de repères. C'est là que se nouent les relations
affectives les plus fortes. Mais la famille est devenue plurielle,
diverse. Nous devrons prendre en compte cette réalité. La politique
familiale doit accompagner cette diversité familiale nouvelle, pour
protéger les enfants et soutenir parfois les parents en difficulté
dans leur mission éducative. Des avancées ont déjà eu lieu:
l'autorité parentale partagée, la garde alternée, la pleine
reconnaissance des pères — livret de paternité, congé de paternité —.
Pour élargir les capacités d'éducation, les réseaux de parentalité
ont par ailleurs besoin d'être encouragés et développés. Nous
sommes en outre favorables à la création d'un congé parental de six
mois par exemple au-delà du congé maternité, qui devrait être
partagé entre les deux parents. Nous sommes favorables à ouvrir le
mariage et l'adoption aux couples homosexuels."

Ce sont des engagements qui peuvent nous rassurer. Cela n'est pas
nouveau. En juin 1996, c'est Martine Aubry qui a lancé dans Le
Monde
un appel pour le Cus (Contrat d'Union Sociale), qui est
devenu Pacs au cours des débats parlementaires de 1997. Comme la
plupart des socialistes, Martine Aubry s'est engagée en faveur de
l'ouverture du mariage et de l'adoption aux couples de même sexe à
l'occasion de l'élaboration du projet du PS pour 2007. Interviewée
au Grand Jury sur RTL, au lendemain de la marche des fiertés LGBT de
Paris, le 25 juin 2006, elle a réaffirmé
clairement et simplement cet engagement. Elle a aussi eu l'occasion
de répondre à Têtu (numéro de décembre 2007), en tant que tête de
liste à Lille pour les élections municipales.

Les militants d'HES travailleront donc avec une direction du PS
avancée sur les questions LGBT. Cela ne veut pas dire qu'il n'y
aura pas de travail, sur le fond, pour trouver de meilleures
réponses aux difficultés rencontrées par les trans, pour mieux
lutter contre le sida, pour élaborer une position à propos des "mères porteuses", etc. HES y jouera son rôle. Sans doute nous
faudra-t-il aussi continuer à lutter au sein du PS: l'homophobie y
recule, mais elle n'a sans doute pas disparu.

En tant que militants du PS, attristés par ce vote qui a malmené
notre parti (102 voix séparent les scores au second tour des deux
candidates, sur plus de 130000 votants), nous ne devons avoir en
tête qu'une chose: se mettre au travail! Il ne doit manquer aucun
socialiste. Nicolas Sarkozy nous donne chaque jour mille raisons de
nous battre. Et nous voulons gagner en 2012.

Gilles Bon-Maury