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Barack Obama ne sera investi président des États-Unis que le 20 janvier 2009, mais en attendant son arrivée officielle à la Maison Blanche, il ne chôme pas, tirant ainsi les leçons de Bill Clinton, qui s’était accordé de longues vacances après sa victoire. Sur Change.gov, le site qui accompagnera l’équipe de transition de Barack Obama et de son vice-président, Joe Biden, jusqu’à l’entrée en fonction, le programme s’étoffe. Les sujets-clés comme la guerre en Irak, l’énergie, l’économie, la famille, le handicap, la santé, l’environnement, la fiscalité sont définis, et des solutions envisagées. C’est le cas, aussi, pour les droits civils, et notamment le soutien à la communauté LGBT.

Deux points essentiels sont abordés dans la partie "Civil Rights", avant même la sous-partie sur la communauté LGBT, mettant sur le même plan droits des femmes, des minorités raciales et des homos:

– le Matthew Shepard Act— du nom de cet étudiant assassiné en
1998 dans le Wyoming parce qu’il était gay—, loi qui permettrait de
mieux enquêter sur les crimes de haine, notamment à l’encontre des personnes LGBT. Le texte a failli être adopté à plusieurs reprises mais
a été victime des menaces de veto de George W. Bush;

– l’Employment Non-Discrimination Act (ENDA), qui interdit les
discriminations à l’embauche fondées sur l’orientation sexuelle ou
l’identité de genre.

C’est avec l’extrait d’un discours de Barack Obama, prononcé le 1er
juin 2007, que s’ouvre la sous-partie sur le "Soutien à la communauté
LGBT": "Bien que nous ayons fait beaucoup de chemin depuis les émeutes
de Stonewall en 1969, nous avons encore énormément de travail. Trop
souvent, la question des droits LGBT est exploitée par ceux qui
cherchent à nous diviser. Mais il s’agit en réalité de se poser la
question de qui nous sommes en tant qu’Américains. Il s’agit de se
demander si cette nation sera à la hauteur de la promesse d’égalité,
faite lorsqu’elle a été fondée, de traiter tous ses citoyens avec
dignité et respect." Suit un rappel de la nécessité d’étendre les
textes contre les crimes de haine et d’interdire les discriminations à
l’embauche, pour celles et ceux qui auraient zappé la première partie
pour se concentrer sur les droits des homos.

DES DROITS ÉGAUX, MAIS PAS LE MARIAGE

On en vient ensuite à ce
qui fera probablement le plus polémique dans le contexte actuel: la reconnaissance des couples de même sexe. Barack Obama est favorable à
des unions civiles qui donneraient exactement les mêmes droits aux
couples gays ou lesbiens qu’aux couples mariés. Il veut également
abolir le Defense Of Marriage Act (DOMA), qui empêche les États de
reconnaître les mariages célébrés ailleurs dans le pays. Les droits dont jouissent les couples mariés au niveau
fédéral seront élargis aux couples qui auront conclu des unions civiles
ou toute autre union légalement reconnue (on pense aux mariages
célébrés dans le Massachusetts ou le Connecticut, voire à l’étranger).
Si les avancées sont nettes, Barack Obama est encore loin de promettre
l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Mais il n’est pas
impossible qu’il s’en remette à la Justice pour cela. Cela lui
permettrait de ne pas prendre position lui-même, mais c’est lui qui
nommera les prochains juges de la Cour suprême.

Après le couple, l’armée. Lorsque Bill Clinton a tenté de pousser
l’armée américaine à accepter les homosexuels dans ses rangs, sa
stratégie s’est retournée contre lui. C’est la fameuse politique du
Don’t Ask, Don’t Tell, prévue au départ pour protéger les soldats homos
et qui finalement a conduit à l’éviction de milliers d’entre eux parce
qu’ils avaient osé sortir du placard. Pour Barack Obama, les qualités
requises pour servir son pays sont "le patriotisme, le sens du devoir
et la volonté de servir", pas l’hétérosexualité. Bémol: le président élu explique qu’il
travaillera sur ce point avec les chefs militaires. La bataille n’est
donc pas gagnée, mais elle a le mérite d’être engagée.

Sur l’adoption, le plan ne prévoit pas de promesses précises mais des paroles fortes que nous aimerions entendre dans la
bouche de n’importe quel responsable politique français. "Tout le monde, que l’on
soit en couple ou célibataire, devrait pouvoir adopter, quelle que soit
son orientation sexuelle, et un enfant sera heureux dans un foyer où il
est aimé, que ses parents soient gays ou pas". Sarkozy ze American et
Valérie Pécresse devraient essayer, ça n’a pas l’air trop douloureux à
écrire.

Le plan Obama-Biden finit par les questions liées au sida, en
annonçant notamment la fin de l’interdiction des échanges de seringues,
une meilleure prise en charge par le système de santé, une loi pour
accélérer les recherches sur les produits microbicides afin que les femmes se protégent mieux contre le VIH. Et de rappeler que Barack
Obama s’est toujours battu contre la stigmatisation "trop souvent liée
à l’homophobie" qui entoure la question du VIH et du sida. Ces deux derniers paragraphes
sont étrangement situés, puisqu’ils concluent la partie sur le soutien
à la communauté LGBT tout en affirmant assez clairement que le sida ne concerne pas que les gays.

Les projets de la nouvelle administration sont loin de faire
l’unanimité parmi les homos américains, certains se réjouissant
d’avancées indéniables, d’autres reprochant à
Barack Obama de ne s’attaquer qu’aux questions simples et de rester
dans le flou sur ce qui pose réellement problème. Il reste néanmoins que c’est la première fois qu’un président fait des
propositions d’une telle amplitude sur les droits des homos, comme le souligne le site gay Queerty. Yagg aura donc sans nul doute
l’occasion d’y revenir.

Judith Silberfeld