Ça bouge du côté du dépistage. Et beaucoup diront: il était temps. Le dispositif des Centres de dépistage anonyme et gratuit (CDAG), vieux de 20 ans, ne répond plus aux nouvelles demandes, notamment en termes de rapidité de rendu des résultats. Demain, l’Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS) organise une conférence de presse sur les nouvelles approches en matière de dépistage rapide et ciblé, en présence du Pr Françoise Barré-Sinoussi (prix Nobel de médecine) et de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé.

À la veille de cette annonce, Aides lance à Montpellier, sous l’égide de l’ANRS, COMTEST, le premier essai sur des tests rapides du VIH pratiqués dans le cadre associatif et pour une population ciblée, les homosexuels (lire notre précédent article). Les tests rapides permettent de délivrer un résultat en une demi-heure contre une semaine dans les CDAG.

Après Montpellier, l’essai sera étendu à trois autres villes: Lille (février 2009),
Bordeaux (avril 2009) et Paris (juin 2009). Des résultats
intermédiaires sont attendus à l’automne 2009.

Jean-Marie Le Gall,
responsable scientifique de Aides, nous explique les enjeux de cet
essai.

Quelles ont été les difficultés particulières pour mettre en place COMTEST?
La
difficulté majeure a été de faire entendre que des acteurs issus de la
communauté pouvaient s’organiser pour prendre en charge un nouvel
aspect de leur santé sans pour autant vouloir empiéter sur d’autres
domaines de compétences. Nous nous plaçons sur le registre du dépistage
et non du diagnostic qui lui relève, fort logiquement, des soignants
dans notre pays. L’autre difficulté, plus technique, n’en a pas été une
grâce au soutien de Yasdan Yazdanpanah [professeur au CHU de Tourcoing, ndlr], qui a accepté sans réserve d’être l’investigateur principal de l’essai et
grâce à l’engagement de l’ANRS qui a contribué à aplanir les
obstacles dans le montage et la rédaction d’un projet de recherche
bio-médicale.

Qu’attendez-vous concrètement de l’essai COMTEST?
Cet essai
devrait contribuer à faire diminuer les obstacles à la connaissance la
plus précoce et la plus renouvelée possible de son statut sérologique
chez les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (HSH).
Nous espérons pouvoir accompagner les personnes à rester séronégatives
pour celles qui le sont toujours et permettre à celles qui sont
devenues séropositives de réduire les risques de transmission
secondaire en adaptant leurs pratiques sexuelles et en accédant aux
soins. Concrètement, nous espérons que les HSH qui en ressentent le
besoin iront se faire dépister autant de fois qu’ils estiment cela
nécessaire sans crainte d’être jugés.

Comment comptez-vous faire connaître l’existence de ce nouveau dispositif de dépistage rapide aux homosexuels?
La
communication repose en premier lieu sur les rencontres et les liens
créés dans les actions de prévention menées auprès des HSH. Nous nous
appuierons également sur une communication ciblée dans les communautés
gays des villes où le dispositif est implanté. Enfin, nous comptons sur
des relais médiatiques pour assurer une communication plus large.
L’évaluation de la diffusion de cette offre de dépistage fait partie
intégrante de l’étude.

Comment se dérouleront les consultations pré et post test?
Elles seront conduites selon un schéma théorique qui s’appuie sur "l’approche
motivationnelle": il s’agit d’accompagner au mieux
les HSH dans leurs intentions de limiter leurs risques
d’exposition au VIH et de rester séronégatifs.

Pensez-vous qu’à terme, les  dépistages rapides vont supplanter les dépistages classiques?
Les
recommandations de la Haute Autorité de Santé d’octobre 2008
reconnaissent à la fois la place et l’intérêt des tests de dépistage
rapide (TDR) notamment dans le cadre de programmes faisant l’objet
d’une évaluation, mais aussi les limites des tests actuels,
essentiellement en terme de délai de détection de la séroconversion :
trois mois versus six semaines pour les tests combinés Ag-Ac. Les TDR
ont vocation à s’inscrire dans une offre complémentaire du dépistage
conventionnel.

Quelle différence entre les tests rapides et les tests pratiqués juste après une prise de risque?
Dans COMTEST, nous détectons les anticorps dirigés contre le VIH. Ceux-ci ne seront "visibles" qu’au bout de trois mois après l’exposition. Il nous semble important de ne pas contribuer à la confusion fréquente entre les tests à résultats rapides, que nous pratiquerons, et des tests "rapides" après l’exposition au VIH, qui eux, détectent directement la présence du virus dans le sang.

Propos recueillis par Christophe Martet