À l’occasion du 75e congrès du Parti socialiste, Gilles Bon-Maury, président d’Homosexualités et Socialisme, a accepté de tenir pour Yagg son carnet de bord quotidien sur ce rendez-vous historique. Voici ses impressions après la deuxième journée.

Samedi 15 novembre. 7 heures. Le réveil sonne trop tôt pour les militants d’HES. I-télé passe en boucle les images des débats d’hier. On se met en route pour le Parc des expositions. La foule socialiste investit les espaces.

C’est la guerre des badges. On se croirait au festival de Cannes.
Badge rose pour les délégués, gris pour le staff d’organisation, vert
pour les élus, jaune pour la presse, rouge pour le service d’ordre,
marron pour les partenaires, orange pour les auditeurs, bleu pour les
invités (syndicalistes, partis de la gauche plurielle, etc.). À chaque
couleur correspond des droits d’accès à telle ou telle zone. La salle
plénière immense se remplit lentement.

11 heures. Bertrand Delanoë, leader de la motion arrivée
deuxième (25% des adhérents) intervient en salle plénière. Il parle de
sa perception du PS, parti de militants (par opposition à l’UMP, parti
de supporters). Il parle d’unité. Ovation.

12 heures. Les bloggeurs socialistes sont accrédités comme
journalistes pour pouvoir nourrir la blogosphère de gauche. Je suis
interviewé en vidéo sur le blog d’Abadinte.

14 heures. Déjeuner sandwich sur le stand d’HES. On rencontre
des militants, certains décident d’adhérer. Pour HES, un congrès, c’est
aussi le moment de prendre l’attache d’un maximum d’élus pour les
associer à nos travaux: bioéthique, questions trans, gestation pour
autrui, prostitutions… Autant de sujets sur lesquels les responsables
socialistes auront leur mot à dire. Beaucoup d’élus locaux viennent
nous voir. Jack Lang, aussi, passe nous saluer. Mais la plupart des
responsables socialistes sont dans la salle plénière, prêts à applaudir
leurs champions.

16 heures. Ségolène Royal (sa mention est arrivée en tête, avec 29% des voix des adhérents) monte à la tribune, dans une salle
bondée. La température est insoutenable. La tension est à son comble. À
chaque phrase "clivante", la salle s’échauffe, et Ségolène Royal se fait
bruyamment applaudir et huer: quand elle demande aux socialistes de "se soigner" de leurs divergences; quand elle promet de "rallumer les
soleils"… La salle est tendue, mais surtout malheureuse. Elle sait
que ce sont ces quelques secondes qui vont être retenues pour les JT du
soir. Ségolène Royal propose de demander aux militants de voter sur la
question des alliances, qui est un des sujets qui différencient les
différentes motions. Elle parle du pacs, dans une liste d’avancées qui
font la fierté des socialistes. C’est la seule référence directe aux
questions qui intéressent HES qu’on entendra à la tribune de ce congrès.

17 heures. Intervention enflammée de Martine Aubry (sa motion
a recueilli 25% des voix des adhérents), qui se fait ovationner. Elle
parle de la nécessité de l’ancrage du parti à gauche. Elle reste fidèle
à sa position: pour faire gagner un rassemblement Delanoë-Aubry-Hamon,
elle ne pose aucune condition de personne. Après être descendue de la
tribune sous de très longs applaudissements, elle entre dans les
rangées de tables pour aller embrasser Bertrand Delanoë, Benoît Hamon
et Ségolène Royal…

19 heures. Chacune des six motions se réunit en assemblée
générale. HES a l’avantage d’avoir des partisans de chaque motion. La
nouvelle info circule vite: Bertrand Delanoë a envie de se présenter
[il ne le fera pas finalement, ndlr]. On rejoint le centre-ville au
moment où la réunion de la commission des résolutions commence, à huis-clos, au
centre des congrès. C’est elle qui va donner la ligne du PS pour les
trois prochaines années. Il en ressortira au minimum un texte "de
synthèse" et une candidature. Objectif: éviter le piège dans lequel
les socialistes sont tombés lors du congrès de Rennes. À Rennes, en
1990, les divisions entre partisans de Lionel Jospin et de Laurent
Fabius avaient donné une telle image des socialistes que la droite avait
gagné les élections nationales de 1993 et de 1995.

Jusqu’à 2 heures.
À Reims, c’est la Noctambule. Toute la ville sera animée jusqu’à deux
heures du matin: les musées et les commerces sont ouverts. Les rues
sont animées par du spectacle de rue, par des rencontres sportives, un
marché nocturne, etc. Mais il n’est pas dit que la réunion de la
commission des résolutions sera terminée avant 2 heures [elle s’est en fait terminée à plus de 3 heures du matin, ndlr]. On ne
va pas beaucoup dormir.

Gilles Bon-Maury

Téléchargez le texte des motions ici.

Lire le premier épisode du carnet de bord ici.