À l’occasion du 75e congrès du Parti socialiste, Gilles Bon-Maury, président d’Homosexualités et Socialisme, a accepté de tenir pour Yagg son carnet de bord quotidien sur ce rendez-vous historique. Voici ses impressions après la première journée.

Vendredi 14 novembre. 15 heures. Le jour J est arrivé. Cela ne sera pas mon premier congrès : j’y assiste depuis celui de Brest en 1997. C’était le congrès de la victoire de Lionel Jospin…

Gilles Bon-Maury
Depuis, je me suis rendu au congrès de Grenoble, de Dijon, du Mans.
L’ambiance est à chaque fois différente. Cette fois-ci, je n’ai pas eu
à prendre le train pour venir à Reims : j’y vis et j’y travaille depuis
les dernières élections municipales qui ont vu la victoire d’Adeline
Hazan. On est tous fiers, à Reims, d’avoir obtenu d’accueillir le
congrès. Les 4000 militants présents écoutent les mots d’accueil des
socialistes locaux, avec un message d’unité, de rassemblement, de
responsabilité. Je retrouve les amis d’HES qui ont fait le voyage.
Ambiance… solennelle. On se dit que tout se joue ici et maintenant.
On est tous suspendus aux lèvres des prétendants, déclarés ou supposés.
Les informations circulent vite et se déforment, de SMS en SMS. Fatigue
nerveuse.

16 heures. Le débat général commence. Standing ovation pour la
première intervention de François Hollande. Et ça s’enchaîne: les neuf
heures de débat vont être partagées à la minute près entre les motions,
en fonction de leur score au vote des militants.

17 heures. Pendant ce temps là, la buvette du congrès sert café et…
champagne, bien sûr. Les 650 journalistes accrédités fourmillent. Les
stands s’installent. Y compris le nôtre, celui d’Homosexualités et
Socialisme (HES). Mon bouquin est en vente sur un stand juste en face.
C’est amusant de suivre les regards surpris des congressistes
lorsqu’ils tombent sur la pile. C’est même assez rassurant. Je n’ai pas
vu de sourcils se froncer. Des mères achètent le livre et me demandent
une dédicace pour leur fille ou leur fils. C’est chouette.

18 heures. Je discute avec d’autres militants d’HES, plutôt confiants. Nous avons déjà accompli notre
principale mission dans la préparation de ce congrès. En juillet dernier, nous
avons déposé une contribution thématique. Nous le faisons à
chaque congrès depuis 1991. Nous l’avons rédigée autour de nombreux
thèmes: la lutte contre les violences et contre les discriminations,
la reconnaissance de tous les couples et de toutes les familles, la
reconnaissance des droits des personnes trans et de leurs familles, la
lutte contre le sida… C’est avec ces textes que nous faisons avancer
les socialistes. Nous les déposons et nous les faisons signer par les
responsables du parti. C’est ainsi que l’ouverture du mariage et de
l’adoption s’est retrouvée dans le projet du PS, en 2006, puis dans
celui de la candidate à l’élection présidentielle de 2007. Cette année,
beaucoup de responsables socialistes ont signé cette contribution
présentée par HES. En particulier, le premier secrétaire sortant,
François Hollande, et les candidats possibles à ce poste – Martine
Aubry, Bertrand Delanoë, Benoît Hamon, Vincent Peillon, Ségolène
Royal… Une performance d’autant plus remarquable que c’est assez
singulier de faire l’unanimité au PS, ces temps-ci.

19 heures. Le congrès entre dans le vif du sujet. Chacune des motions
en compétition réunit ses signataires en "assemblée générale". Aux
dernières nouvelles, Ségolène Royal présente sa candidature pour la
succession de François Hollande, dans un ticket avec Vincent Peillon,
qui serait proposé comme premier secrétaire délégué. Bertrand Delanoë
semble favorable à une alliance avec les motions de Martine Aubry et de
Benoît Hamon. Mais il veut que le candidat de ce rassemblement soit
issu de sa motion. Martine Aubry souhaite également ce rassemblement,
sans poser de condition de principe sur les personnes. Et Benoît Hamon
maintient sa candidature. Les SMS se bousculent.

22 heures. Pause. Les amis d’HES se réunissent dans un restaurant du
centre-ville. Discussions animées. Dans l’association, on compte des
partisans de Martine, de Bertrand, de Benoît et de Ségolène et chacun
défend son candidat préféré pour le poste de premier secrétaire. Tous
sont partagés sur les objectifs du congrès et impatients de savoir
comment nous allons préparer les campagnes électorales à venir.

Minuit. En quittant le restaurant, je songe que pour la première
fois de notre expérience militante, nous commençons un congrès sans
savoir comment il se terminera.

À suivre.

Gilles Bon-Maury