L’arrêt de la Cour de cassation dans l’affaire Christian Vanneste appelle plusieurs commentaires.

1) Dans sa grande mansuétude, la Cour de cassation estime que les propos de Christian Vanneste ont pu « heurter la sensibilité de certaines personnes homosexuelles », mais que les condamner reviendrait à brider la liberté d’expression. Cela nous conduit à deux réflexions.

Premièrement, l’homophobie ne fait pas que « heurter » la « sensibilité » des homosexuels. Elle tue aussi. L’actuel ministre de l’Éducation, Xavier Darcos, rappelle lui-même le très important taux de suicide qui touche les jeunes homosexuels, dans la vidéo d’un autre grand défenseur de la liberté d’expression, Gérard Longuet. Et si les homosexuels ne s’en prennent pas à eux-mêmes, d’autres se chargent de le faire pour eux. Citons au hasard le meurtre de François Chenu et les agressions violentes contre Sébastien Nouchet ou Bruno Wiel… Si l’homophobie ne concernait que les homosexuels, ces derniers se porteraient beaucoup mieux et SOS Homophobie n’aurait aucune raison d’exister. La réalité est toute autre.

Deuxièmement, si l’on a bien compris l’arrêt, l’homophobie ne saurait être que l’affaire des homosexuels. En 2003, alors qu’une série d’actes antisémites avait touché la France, Jacques Chirac avait tenu ces propos forts et justes: « Quand on s’attaque en France, à un juif, il faut bien comprendre que c’est à la France toute entière que l’on s’attaque » (voir la vidéo de l’INA).  Visiblement, il n’en va pas de même pour les homosexuels. Ce qui nous amène à notre second point.

2) Philippe Mangeot et d’autres ont raison de se poser la question suivante: le même arrêt aurait-il été rendu si Christian Vanneste avait tenu des propos identiques à l’égard des femmes, des noirs, des juifs, des musulmans? Et dans l’hypothèse où la réponse aurait été positive, combien de temps aurait-il fallu à l’ensemble du monde politique pour se scandaliser et pour demander un changement de la loi? Trente minutes? Une heure? L’arrêt Vanneste est tombé hier en début d’après-midi. Où sont les réactions des politiques?

Ce qui choque ici, c’est moins la décision de la Cour de cassation que l’indifférence générale dans laquelle elle est accueillie.

3) Précisons les choses. Dans le cas de l’UMP, il ne s’agit pas d’indifférence, il s’agit d’un soutien plein et entier. Si Vanneste n’avait pas été officiellement investi par l’UMP aux élections législatives (il se présentait sous l’étiquette CNI), cette dernière n’avait pas non plus investi de candidat-e face à lui. En revanche, lors des municipales de 2007, il était le candidat UMP. François Fillon était d’ailleurs venu en personne lui témoigner de son soutien. Et pourquoi ne pas le soutenir, alors que Christine Boutin a été nommée ministre? Et puisqu’on parle de l’ex-« pasionaria antipacs », cette dernière aurait-elle été à ce poste si elle ne s’était pas faite connaître en combattant vigoureusement les droits des gays et des lesbiennes? M. Vanneste serait-il invité chez Karl Zéro s’il ne s’en était pas pris aux homosexuels? L’homophobie « heurte » peut-être la sensibilité des homosexuels, mais elle vous fait assurément décoller une carrière politique.