Homosexualités et Socialisme (HES), Alain Piriou, ancien porte-parole de l’Inter-LGBT, le sociologue Éric Fassin et le célèbre blogueur Maître Eolas réagissent à l’affaire Vanneste. Des avis partagés.

HES: "TOUTES LES CARACTÉRISTIQUES D’UNE INJURE HOMOPHOBE"
Sur son site,
Homosexualités et Socialisme (HES) avoue ne pas comprendre "l’arrêt
rendu par la chambre criminelle de la Cour de cassation, présidée par
Hervé Pelletier". "Le fait de qualifier l’homosexualité de "menace pour
la survie de l’humanité" et de moralement "inférieure à
l’hétérosexualité" présente, aux yeux d’HES, toutes les
caractéristiques d’une injure homophobe. Ces propos amènent aux
résultats que le législateur a entendu combattre avec la loi du 30
décembre 2004. Ils conduisent à mesurer la valeur des individus en
fonction de leurs sexualités. Ils légitiment les coups portés sur les
homosexuels. Ils portent dangereusement atteinte à l’estime de soi des
homosexuels, et les rendent donc plus vulnérables face aux violences et
moins vigilants dans leurs pratiques de prévention."

ALAIN PIRIOU: "CE JUGEMENT N’EST PAS GÉNÉRALISABLE"
Pour sa part, Alain Piriou, ancien porte-parole de l’Inter-LGBT, titre le post qu’il consacre sur son blog
à l’affaire "Non, la Cour de cassation ne légalise pas l’injure
homophobe". "À trop en faire, on risque de laisser croire qu’il est
désormais légal de tenir des propos homophobes, ce qui est faux,
explique-t-il. Les juges n’ont pas modifié la loi, et cet arrêt ne
remet rien en cause. L’injure, la diffamation et la provocation aux
violences ou aux discriminations fondées sur l’orientation sexuelle
restent punies par la loi. Si on y regarde de plus près, l’arrêt vient
même briser quelques arguments sur lesquels surfait Christian
Vanneste." Il réfute d’abord deux affirmations du député UMP du Nord:
les propos n’ayant pas été tenus à l’Assemblée nationale, il n’a pas
bénéficié de l’immunité parlementaire, et la loi de 2004 sur les propos
discriminatoires n’est pas contraire à la Convention européenne des
droits de l’Homme. En revanche, s’il estime que la Cour n’argumente pas
suffisamment son propos ("Pourquoi écrire que seule la "sensibilité de
certaines personnes homosexuelles" aurait été heurtée : être
hétérosexuel dispenserait-il d’être choqué par de tels propos? La loi
ne doit-elle s’appliquer que lorsque l’émotion d’une "communauté"
désignée atteint un certain seuil? Heureusement qu’il n’est pas
nécessaire d’être juif pour lutter contre l’antisémitisme!"), il
concède à la Cour de cassation "un argument imparable, de son point de
vue : "en matière de presse, il appartient à la Cour de cassation
d’exercer son contrôle sur le sens et la portée des propos poursuivis."
Rappelant que l’Inter-LGBT ne s’était pas jointe aux poursuites parce
que "parmi nous, beaucoup ne croyaient pas en nos chances d’aboutir",
citant la relaxe de Houellebecq, attaqué par le MRAP et la LDH pour
avoir déclaré "la religion la plus con, c’est quand même l’islam",
Alain Piriou considère néanmoins que ce "jugement n’est […] pas
généralisable. La Cour de cassation a même replacé sa décision dans le
contexte de l’époque, celui "des débats et du vote de la loi du 30
décembre 2004" qui, justement, était invoquée pour faire condamner le
député. Des circonstances très particulières, difficiles à reproduire
aujourd’hui.

ÉRIC FASSIN: "POUR COMBATTRE L’HOMOPHOBIE, IL FAUT D’ABORD LA RECONNAÎTRE"
Quant
au sociologue Éric Fassin, il prend le contre-pied des déclarations
post-victoire de Christian Vanneste. "Christian Vanneste se veut
aujourd’hui le champion de la liberté d’expression, écrit-il sur Mediapart.
"Voltaire disait: "je ne partage pas votre point de vue mais je me
battrai jusqu’à la mort pour que vous puissiez l’exprimer". Eh bien,
par cette décision de la Cour, c’est Voltaire qui a gagné." Le tribunal
l’avait d’abord jugé intolérant? Il se pose au contraire en modèle de
tolérance. "Je suis professeur de philosophie, j’exprime un point de
vue philosophique. J’accepte que l’on ne partage pas mon point de vue".
On imagine déjà des débats apaisés entre homosexuels et homophobes,
mais aussi entre juifs et antisémites, ou entre noirs et racistes…" Et
de poursuivre: "Gageons donc qu’on le verra soutenir, sinon "jusqu’à la
mort", du moins jusqu’au tribunal, tous les prévenus aujourd’hui
poursuivis pour outrage, accusés d’avoir comparé la politique
d’immigration actuelle au fascisme".  Il attend à présent la réaction
de l’UMP, sur Christian Vanneste et sur Gérard Longuet, car,
insiste-t-il, "il ne suffit pas de nier l’homophobie pour la faire
disparaître: pour la combattre, il faut d’abord la reconnaître".

EOLAS: "DIRE DES ÂNERIES N’EST PAS FORCEMENT UN DÉLIT EN FRANCE"
À contre-courant, le blogueur Maître Eolas
approuve la décision de la Cour de cassation, "malgré [sa]
désapprobation des propos tenus par le député". "Dire des âneries n’est
pas forcément un délit en France", explique l’avocat. Ce point peut
surprendre celle et ceux qui ne sont pas habitués au blog d’Eolas. Ce
dernier prend toujours soin de souligner que morale et droit ne sont
pas toujours compatibles.