"C’est la Marlene Dietrich de notre temps". C’est ainsi que Hal Wilner, producteur du dernier album de Marianne Faithfull, décrit la chanteuse à la voix rauque. Un compliment qui va sans doute droit au cœur de l’interprète du légendaire Broken English, elle qui aime tant le cabaret allemand.

Easy Come, Easy Go, son vingt-deuxième album, est composé exclusivement de reprises à destination des "music lovers", pour reprendre la mention qui figure sur la pochette (signée par Mondino).

Pour ne pas faire les choses à moitié, Marianne Faithfull s’est entourée de noms prestigieux tels que Rufus Wainwright, Antony (de Antony & The Johnsons), Sean Lennon, Nick Cave, Chan Marshall (alias Cat Power) ou son vieil ami des Rolling Stones, Keith Richards.

Le répertoire est pointu. On trouve une reprise de Dolly Parton, le sublime Somewhere de West Side Story, qu’elle interprète avec Jarvis Cocker (ex-Pulp) façon Kurt Weil, une reprise de Morrissey (Dear God Please Help Me), un titre de Duke Ellington jadis chanté par Billie Holiday, et bien d’autres.

Hal Wilner, le producteur, est en grande partie responsable de la réussite de cet album. Il a su adapter tous les genres, blues, soul, folk, jazz, à la voix si particulière de l’Anglaise. Les chefs-d’œuvre du disque sont incontestablement les duos respectifs avec Rufus Wainwright (Children of Stone, en écoute ci-dessous) et avec Antony (Ooh Baby, de Smokey Robinson).

On remarquera au passage que la carrière de Marianne Faithfull a suivi la courbe exactement inverse de celle des Rolling Stones auxquels elle a souvent été associée, en raison de son histoire avec Mick Jagger. Au moment où ses anciens compères ne rameutent les foules que sur la nostalgie des vieux titres, Marianne continue à produire des disques envoûtants, à l’image de cet Easy Come, Easy Go. Envoûtants pour les "music lovers", mais, on l’espère, aussi pour les autres.

Xavier Héraud