Pour sa 13e édition, la Nuit gay de Canal+ s’inscrit dans une semaine consacrée aux États-Unis. Diffusée ce vendredi soir à partir de 22h15, soit trois jours après les élections américaines, elle est présentée par la chanteuse Cyndi Lauper, l’une des alliées les plus fiables de la communauté LGBT. Au programme, This Is Family (photo), de Jean-Baptiste Erreca (un habitué des Nuits gays, avec en particulier Cowboy Forever, un docu-fiction sur les gauchos brésiliens, diffusé en 2006), Another Gay Movie, de Todd Stephens et Fantasmerica, de Lionel Bernard. Yagg vous détaille le menu de la soirée.

FAMILLES CHOISIES, JE VOUS AIME
Le début de This Is Family est trompeur. Pendant quelques minutes, on croit regarder un documentaire sur l’homoparentalité. Une voix off évoque la façon dont la famille évolue aux États-Unis, discours un peu déconcertant puisque la famille évolue dans le monde entier en ce moment, pas seulement en Amérique. Mais très vite on comprend qu’en fait, ce n’est pas de famille que l’on parle, mais de LA famille, la grande famille LGBT, ce que l’on pourrait appeler "la communauté". Le terme "famille" est plutôt employé ici comme fil rouge. Une fois ce préalable accepté, This Is Family devient beaucoup plus intéressant. Chacun réinvente la famille qui lui correspond, et c’est l’assemblage de toutes ces entités qui forme la communauté. CQFD.

Les auteurs, le réalisateur Jean-Baptiste Erreca et son complice David Dibilio, sont ainsi partis à la rencontre de 10 communautés dans la communauté: une enfant d’homos dans le Michigan, une mère trans pro-armes, un ex-soldat, des dykes on bikes, un couple de "seniors", une famille franco-américaine qui se bat contre les services de l’immigration. Avec une touchante confiance dans le fait que l’amour déplace des montagnes, les deux hommes et leurs enfants envisagent de s’installer en France…
On part ensuite pour Harlem, où la communauté noire poursuit la tradition des bals, dans lesquels des "maisons" s’affrontent en dansant. Destination finale du documentaire, Denver. Un jeune FTM devenu SDF après avoir annoncé à ses parents qu’il était trans, un améridien two-spirit (deux esprits, un esprit homme et un esprit femme), un Mormon qui participe à un concours de rodéo gay.
Toutes ces rencontres sont entrecoupées de publicités pour l’association Colage (Children Of Lesbians And Gays Everywhere), un club de pole-dancing, un groupe de hard rock pédé ou le CGL de Chicago, et même une bande-annonce genre Cetelem ou Société générale avec un pénis géant qui se promène dans les rues. Ces très courts formats dressent eux aussi un portrait de l’Amérique homo dans sa diversité.

Si l’on a parfois l’impression que le film a un peu échappé à ses auteurs, comme s’il avait décidé de vivre sa propre vie et de ne pas forcément suivre le plan prévu, et malgré un commentaire un peu guimauve mais pas envahissant, plaqué là un peu comme une pensée de dernière minute, This Is Family n’est pas juste un documentaire de plus sur les homos américains. Au-delà du portrait très humain qu’il peint, il apporte des éclairages sur un grand nombre de situations, sur le pourquoi du comment, que ce soit le port d’arme — les trans ont 50 fois plus de risques de se faire tuer par arme à feu —, les jeunes sans abri — 25% des jeunes sont chassés de chez eux parce que perçus par leur famille comme étant LGBT — ou les difficultés que rencontrent les immigrants, a fortiori homos — se marier montre une intention de s’installer dans le pays, ce que les États-Unis ne veulent surtout pas. Une phrase prononcée par l’une des motardes de San Francisco illustre formidablement bien le propos du film: "Il n’existe pas de communauté si ce n’est celle qu’on se crée".

PORNORAMA
Également au programme de cette Nuit, le film Another Gay Movie, sorte de American Pie pédé very potache, mais aussi Fantasmerica, ou comment faire en 20 minutes le tour des fétichismes dans le X gay US, des années 70 à nos jours. Fichtre! Cela aurait mérité une nuit entière! Pour évoquer les figures du cowboy, du policeman, du bad boy latino ou encore du maton de prison, le réalisateur Lionel Bernard a eu accès à des archives exceptionnelles, des pépites jamais vues à la télévision. Bon point. Là où ça coince, c’est quand débarque le commentaire un poil lourdingue de Madame H en voix off. Pourquoi faut-il toujours sortir la boîte à blagues quand on parle de pornographie? Les puristes qui se pâment devant des vintage Colt ou Catalina risquent de grogner… Et pas de plaisir. Les autres vont se rincer l’œil – et il y a de quoi. On parie que ce module va faire un tabac auprès de l’audimat hétéro de la chaîne cryptée?

Judith Silberfeld et Yannick Barbe

La Nuit gay, ce soir, à partir de 22h15, sur Canal +.