Avec ce premier post consacré à ce jour d’élection, Michael Bosia (ci-dessus au premier plan, avec Steven, son compagnon), professeur en science politique à Colchester, dans le Vermont, entame son carnet de bord de l’élection présidentielle américaine vue des États-Unis. Ce spécialiste de politique contemporaine et militant démocrate nous dira comment il vit cette journée historique (voir aussi son interview en vidéo).

7 heures du matin (heure locale) C’est novembre et voilà, le jour du scrutin est arrivé aux États-Unis, comme le beaujolais nouveau va bientôt arriver en France. Mais j’aborde cette journée avec inquiétude. Et un peu de tristesse, puisqu’hier soir, j’ai appris la mort de la grand-mère de Barack Obama.

Le résultat reste incertain, même si il ne l’est pas dans l’esprit de
beaucoup de ceux qui ont déjà mis leurs rêves et leurs espoirs sur les
épaules d’un mec beau, sympa et très intelligent. Mais nos peurs vivent
encore. Nous avons peur d’y croire.

Barack Obama est loin d’être parfait. Comme beaucoup d’hommes et de
femmes politiques de gauche dans le monde d’aujourd’hui, Obama se
situe plutôt au centre. Par exemple, il a souvent affirmé son
opposition au mariage gay, même s’il soutient une égalité des droits
sans le mot mariage. Il veut renforcer la guerre en Afghanistan. En
plus, c’est la crise économique qui l’a poussé vers une gauche
altermondialiste, pas ses propres idées.

Mais Barack Obama promet un changement profond. Pour la première fois, un
parti politique américain a investi un homme issu de la génération
sida. Il avait deux ans quand le géant de la politique américaine,
John F. Kennedy, a été assassiné en novembre 1963. JFK a inspiré des
générations jusqu’à Bill Clinton, le dernier président démocrate.
Obama était enfant pendant les sixties et ses mouvement sociaux: la contre-culture, la lutte
contre la guerre au Vietnam, le mouvement des droits civiques. Il est
bien un homme des années 80, de la première décennie de l’épidémie de
sida, de Ronald Reagan et de la pensée unique, des "Star Wars" et de la
guerre froide réchauffée, et de l’autre côté, les années d’une solidarité avec les peuples d’Amérique centrale et d’Afrique du Sud, de
la lutte pour les droits de tous les LGBT contre l’homophobie d’État,
et de la construction d’une démocratie participative où les quartiers
populaires et les communautés marginalisées s’organisent. C’est cet
Obama qui sera peut-être notre premier "Community organizer in chief".

Ou un vieux grincheux va-t-il tuer notre espoir?

Aujourd’hui, c’est la huitième fois que je vais (et qu’Obama va) voter dans
un scrutin présidentiel. Mais aux États-Unis en général, et ce
jour-ci en particulier, il faut se mobiliser pour encourager les
citoyen-e-s à voter. Donc, mon mari et moi allons passer la journée de
foyer en foyer, quelque part dans le New Hampshire, parlant d’Obama aux
habitants d’un des États indécis qui feront l’élection, à la frontière de
notre petit village bien gauchiste de la "république populaire" du
Vermont. Plus tard, nous retournerons chez Claire – notre bistro bio
sur Main Street – dont mon mari est le chef, pour regarder les
résultats avec nos voisins, des paysans, des fabricants de fromage, des
artistes. Le scrutin présidentiel ce soir aux États-Unis et après
minuit en France: chez Claire, "en clair".


Michael Bosia