Photographe, mannequin, muse, reporter de guerre: Lee Miller (1907-1977) a connu une vie plurielle. L’exposition du musée du Jeu de Paume à Paris retrace cette saisissante promenade dans la première moitié du siècle, entre les États-Unis où elle est née et la France où elle a connu les surréalistes.

Lee Miller a bourlingué aussi: retour aux États-Unis, voyages en Égypte, et l’Europe, celle de la deuxième guerre mondiale. Elle fut l’une des premières à pénétrer au camp de concentration de Dachau avec les alliés. Avant même d’entrer, un extrait du Sang du poète de Jean Cocteau pose la femme. C’est elle, beauté sculpturale, qui est la statue.

DE VOGUE
Ses premières couvertures, elles ne les signe pas mais les incarne, pour Vogue. Traits parfaits, oval sérieux, elle est un mannequin vedette dès 1925. Quand elle arrive en France en 1929, elle rencontre Man Ray qui travaille avec elle sur la solarisation et réalise de nombreux portraits de sa muse.

Sa photographie à elle provoque les ombres, joue à outrance avec les lumières: cela rend saisissants les portraits qu’elle réalise dans son studio de New York ouvert à son retour aux États-Unis en 1932. Lee Miller, on la retrouve un peu plus loin avec Vogue, encore. Elle est cette fois photographe de mode ou photographe tout court. La guerre. Elle est à Londres pendant le blitz, elle repart outre-Atlantique mais revient en Europe. Pour Vogue, sur le front du débarquement en Normandie, à Berlin dans l’appartement d’Hitler. Un collègue de Life prend un cliché d’elle en train de se laver dans la baignoire d’Hitler.

Au fil des clichés, les visages se marquent, le sien, ceux des hommes et des femmes qu’elle rencontre. Mémoires de surréalisme, Lee Miller saisit le décalé. Ainsi cette dentelle presque immaculée perdue au beau milieu de ruines après un bombardement.

…AUX CAMPS DE L’HORREUR
Les photos de Dachau? Des témoignages de l’horreur, cadavres empilés attendant la fosse commune, un soldat SS noyé dans un canal. Des photos accompagnées de textes âpres, écrits comme dans l’urgence.

Lee Miller a fini sa carrière de photographe dans les anées 1950. Dans la dernière salle. On peut voir un reportage plein d’humour, décalé, sur les amis de la femme aux mille vies en train d’entretenir sa maison de campagne, bien loin de leurs compétences de directeur de musée, d’artiste ou de journaliste… pendant qu’elle fait la sieste sur un canapé. « The hostess takes it easy », dit la légende de la photo. On pense plutôt à un repos bien mérité.

Bénédicte Mathieu

Photo: Autoportrait (1932) © Lee Miller Archives, England 2008.

L’Art de Lee Miller, au musée du Jeu de Paume, Paris 8e. Jusqu’au 4 janvier 2009.
www.jeudepaume.org
www.leemiller.co.uk